« La courtisane Morokoshi de la maison Echizenya »
« Six beautés des maisons vertes comparées aux six poètes immortels » (Seirô bijin rokkasen)
Eishi Hosoda (1756-1829), vers 1795.
Inscriptions : le titre de la série de six estampes figure à droite du cartouche et le nom de la courtisane et de la maison « Echizenya Morokoshi », à gauche, de part et d'autre d'une fleur. L'artiste joue de l'homonymie entre fleur et poème en japonais.
Signé : « Eishi zu »
Éditeur : Eijudô (Nishimuraya Eijudô)
Cachet de censure : kiwame
Nishiki-e. Gaufrage sur le obi et mica sur un col de kimono. Format ôban. 368 x 244 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 722
© Bibliothèque nationale de France
Les grands poètes immortels de l'époque Heian (IXe - XIIe siècle), Ariwara no Narihira, Sôjô Henjô, Ono no Komachi, Kisen-hôshi, Ôtomo no Kuronushi et Fun'ya no Yasuhide, ont été une source d'inspiration constante pour les artistes. Eishi réalisa deux séries d'estampes, idéalisant la beauté et comparant des courtisanes à ces poètes.
L'estampe fait partie de la première des deux suites publiées sous un même titre, l'un des chefs-d'œuvre d'Eishi.
Morokoshi, comparée à un lis, fleur figurant dans le cartouche, porte un kimono orné d'un mon, celui de sa maison verte sans doute. Ses lèvres entrouvertes découvrent des dents noircies par une teinture appelée o-haguro, maquillage réservé en principe aux courtisanes et aux femmes mariées mais qui se répandit à l'époque d'Edo.
Morokoshi est très représentative du style de beauté d'Eishi, raffinée, sculpturale, lointaine. Assise devant une petite table basse en laque orange. Pensive, elle tient un pinceau avec lequel elle a rédigé des tanzaku, bandelettes étroites de papier destinées à l'écriture de poèmes, suspendues parfois à des branches d'arbre. D'une pile de livres posée à côté dépasse un signet. Comme dans « Les quatre saisons du plaisir au Yoshiwara », Eishi se montre sensible à la culture des courtisanes.
La manière d'utiliser la technique de l'estampe est ici particulière. L'artiste y trouve le moyen de s'exprimer comme un peintre. Il utilise peu le tracé et privilégie les aplats sans contour (mokkotsu) pour rendre les formes et les volumes. Il varie l'intensité des encres de sa palette pour une même couleur et il se sert du flou entre deux teintes pour suggérer les plis. Seul contraste, le tracé sobre du obi blanc orné de gaufrage de fleurs, de feuilles et de motifs géométriques, des cols des kimonos, dont l'un est micacé, des revers des manches et du visage de la courtisane. La qualité de peintre de l'artiste, activité qu'il reprit en 1790, resurgit dans cette estampe singulière.
Cette figure a été reproduite dans un inrô – boîte à plusieurs compartiments, contenant des médicaments ou des cosmétiques – en laque noire, conservé à l'Ashmolean Museum d'Oxford. (G. L.)
 
 

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