Les « Huit Ponts » dans la province de Mikawa
Harunobu Suzuki (1725-1770), vers 1767-1768.
Signé : « Harunobu ga »
Nishiki-e. Gaufrage pour les iris, les rayures et les motifs des kimonos. Format chûban. 285 x 210 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-10, J. B. 254
© Bibliothèque nationale de France
Un couple contemporain se promène parmi les iris ; le jeune homme s'arrête et rattache sa sandale, illustrant la mélancolie du héros du premier roman japonais du début du Xe siècle, Ariwara no Narihira (825-880), et de ses compagnons, lors de leur voyage dans les régions de l'Est.
Cet épisode, traité sous forme de mitate, parodie le chapitre IX des Contes d'Ise (Ise monogatari) :
« Ils arrivèrent dans la province de Mikawa à un lieu-dit les Huit-Ponts (Yatsu-hashi). On appelle ainsi celui-ci parce que la rivière se sépare en bras comme des pattes d'araignée et qu'on passe sur huit ponts. Dans le voisinage de cette plaine marécageuse, ils mirent pied à terre et mangèrent leur riz froid. En cet endroit marécageux, les iris fleurissaient splendidement. Les regardant, l'un des compagnons dit : il serait amusant de composer un acrostiche en prenant les cinq syllabes du mot kakitsubata (iris). Alors cet homme composa ce poème :
 
Comme un beau vêtement
Auquel on s'est attaché en le portant
J'ai une femme
Dans ce voyage qui m'a amené si loin
Je pense à elle avec des regrets.

 
Quand il eut récité ces vers, tous pleurèrent tant sur leur riz sec qu'il en fut tout détrempé. Tous étaient tristes, il n'en était pas un qui n'eut laissé à la capitale (Kyoto) une femme aimée. »
Harunobu a situé ses personnages dans un paysage qui occupe la totalité de l'estampe, essayant de donner de la profondeur à l'ensemble. Les lignes diagonales de la passerelle coupent les ondulations horizontales de l'eau, rythmées par les rangées d'iris, très vivaces.
Les motifs marbrés et rayés des kimonos, de la paille tressée du chapeau, les couleurs discrètes y répondent en ponctuant délicatement la composition qui privilégie la linéarité. (G. L.)
 
 

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