« Huit vues d'élégants intérieurs » (Fûryû zashiki hakkkei)
7e estampe de la série : « Lanterne dans le couchant » (Andô no sekishô)
Harunobu Suzuki (1725-1770), vers 1769.
Sans signature
Nishiki-e, format chûban. 207 x 286 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-17, J. B. 294
© Bibliothèque nationale de France
Suziki Harunobu (1725 ?-1770) a laissé un nombre relativement modeste d'estampes érotiques – comparé au millier de gravures qu'il a signé –, dans lesquelles il s'inspire souvent de thèmes utilisés par ses prédécesseurs, comme l'illustrateur Nishikawa Sukenobu (1671-1750), actif à Kyôto dans la première moitié du XVIIIe siècle. On lui connaît surtout deux albums en noir et trois séries de gravures en couleurs (soit quarante planches), édités entre 1769 et 1771, dont la présente série est l'une des plus célèbres, bien qu'elle soit incomplète dans la plupart des collections. On attribue à Harunobu une cinquantaine d'autres gravures érotiques, mais dont seule une dizaine serait véritablement de sa main, preuve s'il en est du succès posthume de sa manière.
Harunobu parodie ici, sous la forme de dessins érotiques, le célèbre thème pictural chinois des Huit vues des rivières Xiao et Xiang. Cette gravure, intitulée Lanterne dans le couchant (Andô no sekishô) évoque en effet l'une de ces huit vues, connue sous le nom de Village de pêcheurs dans le couchant (Gyoson sekishô). Dans chaque estampe, un objet domestique remplace l'un des sites naturels du sujet primitif. Cette série est d'ailleurs la version érotique de cette même transposition déjà réalisée deux ou trois ans plus tôt par Harunobu dans une suite d'estampes célèbre intitulée Huit vues d'intérieurs et grâce à laquelle l'artiste s'était imposé par sa maîtrise de la polychromie. Harunobu use ici à nouveau de sa palette caractéristique, dominée par des couleurs comme le vert, le marron et l'orangé.
Une femme portant une ceinture nouée sur le haut du ventre, qui révèle qu'elle est enceinte, pénètre, une lanterne à la main, dans la petite pièce attenante à la chambre et y surprend son mari avec une jeune servante : on lit sur son visage l'expression de la colère. Harunobu exploitera à nouveau de manière assez similaire ce thème classique de la découverte de l'adultère, dans une gravure de la série Mane-emon, le bel élégant sur la voie de l'amour (Fûryû enshoku Mane-emon, 1770). Cette estampe comporte en bandeau un poème inspiré d'une œuvre composée en 1725 par Fukuo Kichijirô : « Le soleil couchant disparaît derrière la cime des montagnes et dans le crépuscule laisse place à la lampe d'une auberge » (Yama no ha ni / iru hi no kage wa / honoguraku / hikari to yutsuru / yado no tomoshibi). (C. M.)
 
 

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