Estampe sans titre [La femme jalouse à la boule de neige]
Harunobu Suzuki (1725-1770), vers 1768.
Sans signature
Nishiki-e, format chûban. 209 x 284 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-17, J. B. 291
© Bibliothèque nationale de France
Harunobu exploite ici à merveille une scène de jalousie, en s'inspirant peut-être du thème d'une gravure de Nishikawa Sukenobu. Dans un paysage hivernal, une femme (probablement une courtisane) qui s'abrite sous un large parapluie découvre, par la fenêtre grande ouverte sur le jardin, son amant en train de lutiner une jeune servante. Elle s'apprête à leur lancer une boule de neige pour exprimer sa colère. L'artiste établit un savant contraste entre cet intérieur et le vêtement à longues manches richement coloré de la jeune fille, et le jardin où les pins sont lourdement chargés de neige. Cette scène, pour érotique qu'elle soit, se caractérise par une certaine candeur, qui se dégage de la plupart des estampes de Harunobu. Certains spécialistes (Y. Shirakura, 2004) mettent néanmoins en doute l'attribution de cette œuvre à Harunobu et y voient plutôt la main d'un artiste plus tardif, comme Kitao Shigemasa (1739-1820), qui imita sa manière à ses débuts, mais cette hypothèse est discutable.
On connaît deux tirages de cette gravure, reconnaissables à la différence de couleur du surtout que porte la femme sur la gauche, noir ici et marron dans un autre cas (ancienne collection Henri Vever). Il existe aussi un fac-similé xylographiquede l'époque de Taishô (1912-1925)de la version au surtout noir, mais certains détails, comme le dessin du pied et de la main de la femme debout, permettent de le différencier de l'original de la collection Marteau. Enfin, on connaît également une estampe anonyme dans laquelle la scène érotique a été remplacée par un motif innocent : une jeune femme lisant une lettre à côté d'un brasero (collection de l'Allen Memorial Art Museum).
Plusieurs autres estampes érotiques de Harunobu et de Koryûsai ont fait l'objet du même type de détournement de leur sens primitif. Ces interventions modernes auraient, d'après Richard Lane, visé à « recycler » ces gravures pour le marché occidental. (C. M.)
 
 

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