Fleurs et plantes : volubilis
La Manga de Hokusai (Denshin kaishu Hokusai manga)
« L'initiation à la transmission de l'essence des choses »
Hokusai Katsushika (1760-1849), 1812-1878.
15 volumes (Vol. XV, fol. 21 r°)
Dessinateur : Katsushika Hokusai, qui signe aussi sous le nom de Katsushika Taito
Éditeurs : à Nagoya, Eirakuya Tôshirô ; à Edo, Kakumaruya Jinsuke, Hanabusaya Heikichi, Takegawa Tôbei
Livre illustré de gravures sur bois imprimées en deux teintes. 227 x 155 mm
BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DD-666
© Bibliothèque nationale de France
S'il est une création particulièrement surprenante dans la prodigieuse et multiple production de Hokusai, c'est bien sa Manga. Cet inestimable album xylographique, initialement conçu comme un manuel de peinture, en un volume, à l'attention de ses élèves, remporta un tel succès qu'il fut publié de 1814 à 1878 en quinze volumes, les trois derniers ayant été réalisés de façon posthume par l'éditeur. L'enthousiasme imprévisible qui accueillit ce recueil de modèles au Japon se propagea rapidement en Occident, où il exerça une influence déterminante chez les impressionnistes.
Voilà rassemblés en quinze volumes près de quatre mille dessins d'une diversité et souvent d'une audace inouïes : paysages, animaux, végétaux, personnages, aménagements humains utilitaires ou sacrés, outils, travaux, divertissements, armes et arts martiaux, divinités, monstres et chimères constituent ici une merveilleuse encyclopédie par l'image.
Ce vaste répertoire iconographique, réaliste ou fantastique, opère comme un miroir où se révèlent au fil des pages l'art et le mental de Hokusai, sa quête esthétique et spirituelle en même temps que la singulière poésie du monde qui l'inspire et qu'il se plaît à montrer de la plus originale façon.
De fait, cette profusion de motifs exécutés sur le vif, libres de toute convention ou contrainte éditoriale, toujours d'une saisissante beauté, s'inscrit dans le droit fil d'une œuvre soucieuse certes de décrire la nature dans tous ses états, de s'interroger sur ses mécanismes et ses mystères, mais aussi d'éclairer les rapports que les hommes entretiennent avec elle et les liens qu'ils tissent entre eux.
Si Hokusai excelle le plus souvent à rendre compte de l'objet observé avec une impartialité et une minutie quasi scientifiques quand il s'agit par exemple de représenter la flore (ci-dessus) ou la faune marine, il ne s'interdit jamais de laisser libre cours à son imagination délirante pour en livrer une interprétation insolite, mythique ou métaphorique, telle cette pieuvre géante qui engloutit un pêcheur ou cet éléphant avec un groupe d'aveugles. On peut aussi surprendre le maître, au détour d'une planche humoristique et jubilatoire, à croquer la dérision des comportements humains dans des expressions extravagantes ou grotesques, ou à l'inverse, rendre hommage aux talents, aux capacités inventives et aux prouesses physiques des êtres, qu'il valorise notamment dans des séries d'esquisses consacrées à l'escrime, la gymnastique, les combats de bâtons, ou les luttes de sumotori.
Tout dans cette « avalanche de dessins, cette débauche de crayonnages », pour reprendre l'expression d'Edmond de Goncourt, de la manière de voir la vie à celle de l'interpréter, dit à la fois la réussite d'une échappée loin des dogmes et des repères connus et l'aboutissement d'un art qui impose, au-delà d'un style, des concepts originaux. Hokusai nous instruit parce qu'il sait nous conduire hors des sentiers battus jusqu'aux tréfonds d'un monde et d'une société étranges, tandis qu'il nous subjugue en réinventant par la magie du trait tout un univers poétique de sensations fortes et subtiles caractéristiques de son inimitable génie. (J. B.)

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