Les écritures maghrébines


Au Xe siècle, une graphie propre au Maghreb et à l’Espagne musulmane apparaît : le maghribî. Elle se caractérise par son fin tracé, ses courbes généreuses et une notation différente de quelques lettres. Seule écriture utilisée durant plusieurs siècles, elle est supplantée par le naskhî oriental à l’avènement de l’imprimerie.

Du point de vue graphique, le Xe siècle marque une rupture entre l’Occident musulman (Maghreb et Espagne) et l’Orient. C'est vers 950 que des manuscrits profanes sont copiés dans une écriture à l’allure très spécifique : le maghribî. Bien que cette dénomination soit peu adaptée à l’arabe, cette écriture peut être rattachée au groupe des cursives, c'est à dire des écritures courantes.

Dès les premières années du XIe siècle, le maghribî apparaît dans des corans. Cette rapidité même contrarie l’explication traditionnelle qui reconnaît dans le maghribî une dérivation d’une écriture présentée autrefois sous le nom de "coufique" et qu’il paraît plus prudent d’appeler "écriture livresque abbasside". Le maghribî s’est répandu dans le Maghreb alors que cette écriture ancienne était encore employée et il en a sans doute subi l’influence. Mais ses origines doivent plutôt être cherchées du côté d’écritures courantes, analogues à celles des papyrus documentaires des premiers siècles. Les chancelleries ont-elles servi de relais pour la diffusion de ces graphies dans l’espace maghrébin ? La disparition des archives ne permet pas de confirmer cette hypothèse.

 

 

 

Des écritures sans calligraphie particulière


À la différence des milieux orientaux, où l’art de l’écriture, tenu dans une estime particulière, précipite l’éclosion d’une véritable culture calligraphique, les maghrébins accordent moins d'attention à ces questions. Si des écoles calligraphiques ont existé occasionnellement, comme à Valence, l’organisation de l’enseignement et sa formalisation n’atteindront jamais un degré similaire à celui de l’Orient.

Le maghribî possède pourtant un charme certain : les graphies sont diverses, depuis celle de petite taille et relativement anguleuse appelée andalusî jusqu’aux écritures de plus grand module – sans parler de l'adaptation originale du thuluth oriental.

Sur certains points, l’écriture du Maghreb est conservatrice : jusqu’à une date tardive, des formes archaïques de lettres se sont maintenues et, plus longtemps que dans d’autres parties du monde musulman, la couleur a été conservée pour noter la vocalisation du texte coranique.

Le maghribî a distingué les livres provenant du Maghreb jusqu’à une époque récente. L’introduction de la lithographie au XIXe siècle a même donné une nouvelle vigueur à ce style spécifique. Son déclin actuel est en partie provoqué par la typographie, puis par l’informatique.