Les entraves à l段mplantation de l段mprimerie






 

Pour des raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles, l段mprimerie à caractères mobiles s段mplante très tardivement dans le monde arabo-musulman. Quelques tentatives isolées, plus ou moins réussies et liées à des milieux très précis, ont lieu entre le XVIe siècle et la fin du XVIIIe siècle en Europe et au Moyen-Orient. Mais ce n弾st qu誕u milieu du XIXe que l段mprimerie commence réellement à concurrencer la copie manuscrite.

Dès le XVIe siècle, les imprimeurs français et italiens ont trouvé des solutions pour restituer typographiquement lécriture arabe, dont les ligatures et le tracé différent des lettres selon leur position posent de réels problèmes. Les véritables résistances à l段ntroduction de l段mprimerie sont ailleurs. Raisons économiques d誕bord : les copistes constituent une puissante corporation et une source de revenus importante. Raisons culturelles ensuite : le savoir intellectuel et religieux est détenu par les oulemas, partisans de la tradition et hostiles aux réformes. Le système de transmission du savoir obéit à des règles strictes de vérification des textes que bouleverse la standardisation de l段mprimé.

En outre, lécriture arabe jouit d置n prestige bien plus grand que celle d置n simple instrument de communication : liée dès la révélation coranique à la parole de Dieu, elle est investie d置ne forte dimension spirituelle et esthétique. Des facteurs politiques s誕joutent enfin : les sultans Bayazid II en 1485 et Selim Ier en 1515 interdisent aux musulmans d段mprimer des textes en arabe et en turc dans l脱mpire ottoman et ses provinces.

 

 

Le rôle des Européens


C'est en Europe que sont réalisées au XVIe siècle les premières impressions en caractères arabes avec un double objectif : d'une part permettre aux humanistes d'étudier les textes originaux ; d'autre part établir des relations entre les autorités catholiques et les communautés chrétiennes d丹rient. Le premier ouvrage en caractères arabes est ainsi un livre de prières chrétiennes, édité en Italie à Fano en 1514, suivi en 1516 à Gênes par un psautier multilingue. Les impressions se multiplient à Rome autour de l棚mprimerie médicéenne qui publie des ouvrages religieux et quelques textes profanes. Malgré les importants efforts consentis, ces impressions ne rencontrent que peu décho. Leur diffusion dans les pays arabes reste un échec commercial. Elles ont cependant permis aux savants européens de travailler sur les traductions.

 

Premières imprimeries en Orient

Dès le XVe siècle, la typographie est apparue dans l脱mpire ottoman parmi les communautés juives, grecques et arméniennes. les premières tentatives dédition ont lieu vers 1610 en Syrie et au Liban, dans le milieu chrétien. Mais une imprimerie est installée à Alep qu'un siècle plus tard. En quatre-vingts ans, seuls vingt-neuf livres seront imprimés en arabe : livres religieux mais aussi manuels de lecture pour les chrétiens qui peu à peu abandonnent le syriaque pour l'arabe. Les thèmes des livres publiés par les chrétiens changeront au début du XIXe siècle, avec l弛uverture décoles.
   


   
 

Pendant ce temps, la première typographie faite par et pour des musulmans naît à Istanbul au c忖r même de l脱mpire ottoman. Cette nouveauté voit le jour grâce au mouvement de réforme des institutions politiques, administratives et militaires qui traverse le pouvoir sous le sultanat d但hmet III (1673-1736). Le sultan autorise par un décret impérial  entériné par les autorités religieuses conservatrices  l弛uverture d段mprimeries. Mais les livres religieux restent rigoureusement interdits. Entre 1729 et 1742, la presse fait paraître dix-sept livres d檀istoire, de géographie, de sciences ou de langue majoritairement en turc. L段mprimerie au service du progrès culturel se heurte encore à l誕ttachement du public lettré pour le manuscrit et au nombre peu élevé de lecteurs.

 

 

Le succès de la lithographie


Parallèlement à ces tentatives se met en place une autre technique d段mpression, la lithographie, qui connaît un vif succès durant tout le XIXe siècle. Cette technique permet une reproduction fidèle du texte et des formes de la calligraphie arabe. Elle contribue grandement au développement de lédition imprimée. Ne constituant pas une rupture avec le manuscrit, dont les livres restent très proches d誕spect, la lithographie ne menace pas la corporation des copistes, qui s誕daptent très vite à ce nouveau procédé en transcrivant sur pierre et non plus sur papier. Des styles décriture déliés comme le maghribî en Afrique du Nord ou le nasta鼠îq en Iran s'y prête d'ailleurs bien. Au début du XXe siècle, la lithographie est encore le principal mode d段mpression du Coran.
   

 

 

L段mplantation progressive de l段mprimerie


À côté des éditions lithographiées se développent peu à peu des imprimeries à caractères mobiles. En 1798, une presse est introduite en Égypte avec l弾xpédition de Bonaparte, mais cesse son activité avec lévacuation des troupes françaises. Ouverte au Caire en 1822, l'imprimerie de Bûlâq fonctionne avec une équipe de typographes égyptiens assistés de quelques Européens. Au c忖r du mouvement de renaissance culturelle la nahda elle va fournir tous les pays arabes en livres pendant des décennies. Fondée pour les besoins de l誕rmée et de l誕dministration, elle édite le journal officiel et les textes de lois, mais imprime surtout des traductions en arabe d弛uvrages européens techniques, scientifiques ou linguistiques ainsi que de nombreux ouvrages classiques en arabe, turc et persan. Alternativement aux mains de lÉtat ou de particuliers, son monopole cesse avec la création d誕utres imprimeries au Caire qui devient la capitale du livre arabe. À la fin du XIXe siècle, près de dix mille ouvrages ont été publiés.

Le Liban, province ottomane où la communauté chrétienne avait depuis longtemps une forte demande de livres imprimés, devient avec lÉgypte le grand centre dédition. Le développement de la typographie accompagne les mouvements de renouveau culturel, de modernisation politique, d弛uverture sur l丹ccident et déveil des indépendances. Dans le même temps, les journaux connaissent un développement spectaculaire. Seuls les pays du Maghreb resteront plus longtemps attachés à la lithographie.