Papier


"L'inspecteur des marchés aborde avec les papetiers la question du choix et du tri des chiffes, de l'intensité du pilonnage auquel elles ont été soumises et de l'élimination de leurs souillures ; de la durée de la fermentation ; de la régularité des mesures de pâte ; de la maturation du produit d'encollage, de la qualité de la forme, de la régularité du lissage…"

D'après al-Jarsifî, al-Andalus, XIVe siècle

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L'origine chinoise


Le papier était utilisé en Chine comme support de l’écriture deux siècles avant d’être accepté officiellement, en 105, comme substitut à la soie et aux planchettes de bambou. Son usage était connu sur les bords de la Méditerranée avant la conquête arabe, semble-t-il, puisqu’on a retrouvé des fragments de papiers portant des inscriptions du début du VIIIe siècle en Palestine et peut-être du VIIe siècle en Égypte, mais cet emploi semble avoir été extrêmement limité. C’est après la bataille d’Atlah, près de Talas, en 751, que la technique de fabrication fut révélée par des prisonniers de guerre chinois. D’abord fabriqué à Samarcande, le papier fut très rapidement produit dans la capitale, Bagdad, puis au Yémen, en Égypte, en Syrie, au Maghreb et en Espagne. C’est de là qu’il devait se répandre dans toute l’Europe chrétienne. Le papier fut rapidement adopté partout pour la copie des manuscrits arabes. Le plus ancien manuscrit arabe daté sur papier que l’on ait conservé porte la date de 866.

 

 

La fabrication du papier


Les procédés de fabrication du papier arabe sont mal connus. Les rares textes portant sur la question témoignent d’une diversité de techniques.

Pour faire du papier arabe, on prépare une pâte, en faisant fermenter et blanchir dans la chaux des produits de récupération – cordages déjà pilonnés une première fois ou chiffes à pilonner. La pâte, délayée dans un récipient, est déposée sur une sorte de tamis (la "forme") qui lui sert de moule et sur lequel, une fois l’excédent d’eau égoutté, elle se fige. Les papiers orientaux se distinguent des papiers occidentaux par leur aspect plus lisse, qui tient à deux étapes du traitement de la feuille. Celle-ci était encollée avec de la gélatine en Occident, avec de l’amidon de riz ou de blé dans le monde arabe. Ce dernier type de papier s’est mieux conservé et les feuilles ont gardé leur brillant. De plus, le papier, qu’il ait été de fabrication locale ou d’importation, était poli avec une dent d’animal ou un instrument de verre, d’agate ou de métal, dont les traces sont souvent visibles.

 

 

Le papier filigrané


Dès le milieu du XIVe siècle, au Maghreb, on commença à importer des papiers d’Italie. Ces derniers présentaient un aspect particulier : les vergeures étaient constituées de fils métalliques et les fils de chaînette espacés régulièrement ; mais surtout, vers 1280, les papetiers avaient inclus dans la forme un filigrane, dessin de fils de cuivre qui les identifiait par son empreinte sur la feuille. En Orient, le papier filigrané d’importation occidentale s’imposa plus tard. Au XVIe siècle, papier filigrané et papier non filigrané étaient employés à parts égales dans l’Empire ottoman. Les papetiers qui exportaient vers le monde musulman se mirent à fabriquer des papiers dont les filigranes étaient dépourvus de croix ou de motifs spécifiquement chrétiens. Plus tard, on fabriqua en Turquie des papiers à filigrane qui furent utilisés dans l’ensemble du monde ottoman.

 

 

Les manuscrits sur papier


À l’exception de quelques rouleaux qui sont en fait des amulettes, les manuscrits sur papier sont des codex. Dans leur grande majorité, les cahiers sont constitués, comme l’étaient les cahiers de parchemin, par empilement de cinq feuillets pliés en deux, cousus ensemble.

Le copiste avait pris soin auparavant de numéroter les cahiers, et parfois les feuillets à l’intérieur des cahiers. Un autre moyen de s’assurer du bon ordre des feuillets était la réclame, c’est-à-dire l’indication, au bas d’un verso, du premier mot du recto qui doit suivre. La pagination telle que nous la connaissons, où chaque page est numérotée, n’était employée qu’exceptionnellement et ne se généralisa qu’au XVIe siècle.
   


   
  De très nombreux manuscrits contiennent des feuillets colorés, surtout en ocre, saumon, rose ou vert pâle, alternant avec des feuillets blancs. Quelques manuscrits sont entièrement constitués de papiers colorés. Des papiers marbrés, silhouettés, sablés, furent utilisés dans les manuscrits, surtout pour le décor des marges. Un rectangle central blanc, qui pouvait provenir d’une autre feuille, était réservé à l’écriture. Ces décors réalisés en Turquie et en Iran étaient appréciés des bibliophiles dans le monde arabe. Le sablage d’or était apparu en Perse vers 1460.

 

 

Le papier marbré


Après avoir dissous de la gomme dans de l’eau, on dispose à la surface des pigments mêlés à des substances les empêchant de se diluer et de se répandre et on crée des courants qui vont former des dessins. La feuille de papier est alors étendue sur la surface, puis adroitement soulevée, et le dessin y adhère. Le papier marbré a été utilisé dans l’art du livre pour les marges des albums de calligraphies ou de miniatures, mais surtout pour la reliure, qu’il s’agisse de l’ornementation des contreplats ou des plats. En Égypte, on a moins utilisé le papier marbré que des papiers décorés de provenance occidentale, comme les papiers dominotés ou imprimés selon les mêmes techniques que le tissu et très répandus en Europe aux XVIIIe et XIXe siècles.