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"Qu’on donne à l’erreur mahométane
le nom honteux d’hérésie ou celui, infâme, de paganisme,
il faut agir contre elle, c’est-à-dire écrire. Mais les
latins et surtout les modernes, l’antique culture périssant, suivant
le mot des Juifs qui admiraient jadis les apôtres polyglottes, ne
savent pas d’autre langue que celle de leur pays natal. Aussi n’ont-ils
pu ni reconnaître l’énormité de cette erreur ni lui
barrer la route. Aussi mon cœur s’est enflammé et un feu m’a brûlé
dans ma méditation. Je me suis indigné de voir les Latins
ignorer la cause d’une telle perdition et leur ignorance leur ôter
le pouvoir d’y résister ; car personne ne répondait,
car personne ne savait. Je suis donc allé trouver des spécialistes
de la langue arabe qui a permis à ce poison mortel d’infester plus
de la moitié du globe. Je les ai persuadés à force
de prières et d’argent de traduire d’arabe en latin l’histoire
et la doctrine de ce malheureux et sa loi même qu’on appelle Coran.
Et pour que la fidélité de la traduction soit entière
et qu’aucune erreur ne vienne fausser la plénitude de notre compréhension,
aux traducteurs chrétiens j’en ai adjoint un Sarrasin. Voici les
noms des chrétiens : Robert de Chester, Hermann le Dalmate,
Pierre de Tolède ; le Sarrasin s’appelait Mohammed. Cette
équipe après avoir fouillé à fond les bibliothèques
de ce peuple barbare en a tiré un gros livre qu’ils ont publié
pour les lecteurs latins. Ce travail a été fait l’année
où je suis allé en Espagne et où j’ai eu une entrevue
avec le seigneur Alphonse, empereur victorieux des Espagnes, c’est-à-dire
en l’année du Seigneur 1141".
Pierre le vénérable,
cité par Jacques le Goff, Les Intellectuels au Moyen Age,
"Le temps qui court", Le Seuil, 1957.

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