Les lieux de diffusion de la culture

 

Le livre représente un marché important dans le monde arabe médiéval, facilité par l’usage du papier. Le développement des bibliothèques arabes est dû essentiellement au développement des sciences religieuses musulmanes, comme les hadîth qui rassemblent les paroles du Prophète, et à la traduction des ouvrages de sciences, comme la médecine, les mathématiques, l’astronomie, la philosophie.

 

 

Les bibliothèques califales


Lieux d’étude et d’échanges où l’on débat de questions philosophiques et religieuses, foyers intellectuels, les bibliothèques califales jouent un rôle tout autant culturel que politique. Ainsi, au IXe siècle, le calife al-Ma’mûn (813-833) transforme la bibliothèque de son palais de Bagdad en une véritable académie – la "Maison de la sagesse" – centre de lecture, de traduction d’œuvres étrangères, de copie et de reliure des livres, qui accueille des savants venus pour y travailler et pour discuter du rapprochement entre la philosophie grecque et la théologie, selon la doctrine du mu‘tazilisme que al-Ma’mûn veut imposer comme doctrine officielle de l’État.

À Cordoue, où l’émir omeyyade Abd al-Rahmân III s’est attribué, en 929, le titre de calife, il s’agit d’affirmer l’autonomie culturelle d’al-Andalûs. Son fils et successeur, Al-Hakam II (961-976) constitue un réseau de libraires-correspondants chargés de rechercher et d’acquérir des livres pour sa bibliothèque. Il engage des copistes et des relieurs et fait rédiger des ouvrages recouvrant tous les domaines du savoir. Mais son successeur al-Mansûr, estimant que les ouvrages de philosophie et d’astrologie ne respectent pas la loi islamique, les fera détruire.

Au Caire, en 1004, le calife fatimide al-Hâkim fonde une "Maison du savoir" et y dépose les ouvrages de sa propre bibliothèque. Là encore, des savants de toutes disciplines s’y retrouvent pour confronter leurs points de vue. Utilisée par les Fatimides comme un outil de diffusion de la doctrine ismaïlienne (une des branches du chiisme), cette bibliothèque ne survivra pas à la prise du pouvoir par Saladin (1171).

 

 

Les bibliothèques religieuses


La mosquée, principal lieu de rassemblement de la communauté musulmane, remplit des fonctions culturelles, sociales et politiques. On y annonce, du haut de la chaire de prédication (minbar), les nouvelles importantes : des décisions ou sanctions administratives, la nomination d’un nouveau gouverneur, une conquête militaire… Les miséreux y sont accueillis et nourris. Elle peut englober sous son autorité d’autres bâtiments alentour, jusqu’à former parfois, surtout à partir du règne des Ottomans, un véritable complexe regroupant une école, une madrasa avec des logements pour les étudiants et les professeurs, des bains, un marché couvert, un hospice, un cimetière…

Les bibliothèques des mosquées mettent à la disposition du public des corans destinés à l’enseignement ou à la lecture publique, mais également des ouvrages profanes qui peuvent être prêtés. La richesse et la variété de leurs fonds dépendent, pour une grande part, de la générosité de donateurs qui utilisent la procédure du waqf.

 

 

Les collèges d’enseignement religieux


La première madrasa, collège d’enseignement des sciences religieuses, est ouverte en 1065 à Bagdad, par le pouvoir seldjoukide, sur le modèle des écoles ismaïliennes fatimides, pour propager le sunnisme et lutter contre les doctrines shî’ites répandues par les collèges fatimides.

Les bibliothèques des madrasas reçoivent, elles aussi, des dons par l’intermédiaire du waqf. Les livres déposés selon ce système portent – outre la mention waqf et la date de l’acte – les noms du donateur, de l’institution bénéficiaire, du cadi (juge) et des témoins.

 

 

La transmission des textes

 

Les lettrés "en quête de savoir", parcourent le monde de l’Islam pour participer à des séances de lecture de manuscrits. Des cercles se forment autour d’un savant, les lettrés écoutent attentivement la lecture d’un texte ou bien ils le lisent eux-mêmes et le maître approuve ou rectifie publiquement leur lecture. L’arabe est en effet une langue dont on n’écrit que les consonnes et les voyelles longues, et dont les voyelles brèves ne sont pas transcrites : la lecture à haute voix des textes permet d’en donner la vocalisation et d’éviter imprécisions ou contresens.

À l’issue des séances de lecture, des lettrés acquièrent une "licence" qui leur permettra de transmettre le texte à leur tour. Les noms des lecteurs du texte et ceux des auditeurs, le lieu et la date sont inscrits dans les marges et sur les espaces laissés en blanc des manuscrits. La nature de la transmission est exprimée à la faveur d’un vocabulaire convenu : récitation du texte sous l’autorité d’un maître, lecture par le maître, par un lettré de l’assistance, dictée.