arrêt sur
livres d'enfants

Du Moyen Âge au milieu du XVIIIe siècle

Au Moyen Âge, les premiers livres destinés à l’enfant sont manuscrits. Nous connaissons celui de Dhuoda, une mère de famille carolingienne qui écrit, au IXe siècle, un traité d’éducation pour son fils Guillaume. De façon générale, dans le cadre familial ou scolaire, l’enfant est destinataire d’un ensemble de textes, souvent oraux, qui peuvent être regroupés en trois corpus : la littérature de colportage, l’apprentissage des rudiments et enfin les livres de collèges ou destinés à l’éducation du prince.

La littérature de colportage

Un premier corpus littéraire s’est constitué depuis l’Antiquité à partir de textes qui rencontrent du succès auprès des enfants alors qu’ils n’ont pas été spécifiquement rédigés à leur intention : fables d’Ovide, Ésope ou La Fontaine ; contes de Madame d’Aulnoy, Straparole, Basile, Mlle Lhéritier et Charles Perrault, dont les Histoires ou Contes du temps passé avec des moralitéz, parus en 1697, constituent incontestablement l’ouvrage le plus célèbre dans le corpus de la littérature partagée par les enfants et les adultes ; romans de chevalerie (Histoire des quatre fils Aymon, Roland de Roncevaux, Geneviève de Brabant) .

Tous ces genres sont abondamment diffusés par la "Bibliothèque bleue" auprès d’un lectorat populaire dont elle facilite l’exercice de lecture par la typographie, la structure du texte et les figures gravées sur bois.

L'apprentissage des rudiments

Un second corpus didactique regroupe les abécédaires, les catéchismes, les vies de saints, les "civilités", c'est-à-dire un ensemble de textes qui mettent l'accent sur les premiers apprentissages de l'enfant dans les domaines scolaire, religieux et moral.
Les civilités sont des recueils de règles dont le respect est nécessaire à la vie de groupe ; elles existent sous forme orale jusqu’au XVe siècle, puis écrite à partir du XVe. L’originalité du texte d’Érasme De civilitate morum puerilium (1530) est d’avoir fait entrer ce recueil de traditions orales dans la culture écrite et de l’avoir transformé en un genre littéraire : paraitront notamment  Les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne de Jean-Baptiste de La Salle (1711), fondateur des frères des écoles chrétiennes ; La Civilité puérile et honnête, expliquée par l’oncle Eugène de Louis-Maurice Boutet de Montvel (1887); La Politesse d'Henri Bergson (1885).

Les livres destinés à l'éducation des princes

Le troisième ensemble se compose d’une part d’une littérature d’éducation destinée à la noblesse et au prince à l’image d’Esther (1688) et d’Athalie (1690), deux tragédies écrites par Racine pour les demoiselles de Saint-Cyr, et surtout de Télémaque, écrit en 1699 par Fénelon pour servir à l’éducation du duc de Bourgogne ; s’y ajoutent  d’autre part des ouvrages pédagogiques, notamment de livres à l’usage des collèges et pensionnats (grammaires, classiques grecs et latins), comme, par exemple, la collection de livres ad usum delphini Conçue peu après 1670 par le duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, et dirigée principalement par Pierre-Daniel Huet, la collection, dite "bibliothèque", comprend une soixantaine de volumes de classiques grecs et latins publiés à partir de 1674 : Homère, Aristophane, Plaute, Térence, Ovide, Juvénal, etc. Épurés des passages inappropriés à l’âge du lecteur, les textes sont accompagnés de notes et d’une interprétation destinée à faciliter la lecture des passages les plus difficiles. Cet événement éditorial pose des jalons et l’idée fera son chemin tout au long du XIXe siècle : adapter des textes écrits pour les adultes afin de les mettre à la portée des enfants.
En Espagne, Miguel de Cervantes a publié les deux parties de Don Quichotte en 1605 et 1615 ; de l’autre côté de la Manche, Daniel Defoe fait paraître en 1719 Robinson Crusoé et son compatriote Jonathan Swift les Voyages de Gulliver en1726. Ces trois titres devenus des classiques de la littérature pour la jeunesse n’ont pas été écrits pour les enfants.
"Gulliver et Robinson Crusoé, anglais tous les deux, se transforment, à l’insu de leurs créateurs et au prix d’adaptations réductrices, en héros d’une jeunesse, contemporaine de Cook et de Lapérouse qui ne se contente plus des seuls grands hommes de l’Antiquité classique".
Ces trois œuvres majeures, qui sont lues par les enfants dans des éditions pour adultes, puis dans des éditions spécifiquement adaptées, appellent à une réflexion sur la traduction et l’adaptation pour la jeunesse en ce qu’elles ouvrent la voie à de nouveaux acteurs (auteurs, éditeurs, traducteurs) ayant la volonté de s’adresser à la jeunesse.
En dehors de ces prémices, c’est au milieu du XVIIIe siècle que, parallèlement aux œuvres citées ci-dessus, se forge une littérature proprement destinée à la jeunesse sur le principe nouveau et fondamental du plaisir d’apprendre, de s’instruire en s’amusant. Inspirés par les thèses de John Locke sur l’éducation du jeune âge (Some Thoughts concerning Education, 1693), nombre de pédagogues préconisent une éducation adaptée à l’humeur de l’enfant, une instruction ludique. En 1744, Claude-Louis Berthaud expose sa méthode d’apprentissage de la lecture dans son Quadrille des enfans : sa méthode associe des figures aux sons, au moyen de fiches de différentes couleurs sur lesquelles sont collées d’un côté la figure, de l’autre la prononciation ; ces "joujoux instructifs" permettent de "faire un jeu d’une étude rebutante".
 
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