arrêt sur
livres d'enfants

De la IIIe République à la Première Guerre mondiale (1871-1914)

Le déclin du livre

Dans les dernières décennies du XIXe siècle et jusqu’à la Première Guerre mondiale, l’édition du livre pour enfants marque le pas. Les livres de prix, toujours plus nombreux, perdent en qualité. Le prolixe Paul d’Ivoi n’égale pas en talent Jules Verne. Quelques exceptions méritent cependant d’être signalées. C’est le cas de Sans famille d’Hector Malot (1893) et des albums historiques publiés entre 1896 et 1912 qui retracent la vie de héros de l’épopée nationale.

 

D'une grande qualité artistique et matérielle, ces albums forgent le patriotisme des petits Français en exaltant le sentiment national, exacerbé par le conflit de 1870, comme le fait en 1877 Le Tour de France par deux enfants de G. Bruno (pseudonyme d'Augustine Tuillerie, ou Thuillerie, épouse d'Alfred Fouillée). De 1896 à 1899, l'éditeur Charavay, Mantoux, Martin publie un triptyque historique de Georges Montorgueil illustré par Job.
L’éditeur Combet et son successeur Boivin lui emboîtent le pas et sortent entre 1901 et 1921 une série de neuf albums historiques consacrés à de grands personnages historiques (dont Jeanne d’Arc, Louis XI, Richelieu, Henri IV, Bonaparte), que le lecteur suit de leur naissance à leur mort, dans un récit fluide porté autant par le texte (signé par Théodore Cahu, Georges Toudouze, Georges Montorgueil) que par l’image (Maurice Leloir, Job, Robida).
 

L'essor de l'album

D’une manière générale, alors qu’une moindre qualité littéraire des livres pour enfants est indéniable, l’album connaît à la même période un essor sans précédent, dû en particulier à l’évolution des techniques : apparition de la chromolithographie en 1845, de la photogravure au trait en 1872. .

La vogue des livres joujoux, à tirettes, à coulisses et autres systèmes, comme les albums dits indéchirables des éditeurs Capendu et Bernardin-Béchet, permet à l’édition des livres pour enfants d’explorer de nouvelles pistes. Une création graphique variée et de grande qualité destinée au public des enfants, voit ainsi le jour et se développe.


Influencé par les Anglo-Saxons, mais aussi par l’esthétique japonaise, l’artiste Louis-Maurice Boutet de Monvel renouvelle à sa façon l’album en repensant l’art de la mise en page et en inventant un style proprement enfantin. Il connaît la gloire avec cinq albums en treize ans (1883-1896) : Vieilles chansons de France (1883), Chansons de France (1884), La Civilité puérile et honnête (1887), Les Fables de La Fontaine (1888) et Jeanne d’Arc (1896).

 

Avec la séparation des Églises et de l’État, en 1905, la laïcisation de l’enseignement, le déclin de l’édition catholique provinciale au profit de Paris, la disparition de maisons d’éditions, celle de Hetzel (rachetée par Hachette en juillet 1914), Lefèvre ou encore Guérin, l’apparition de nouvelles maisons comme Quantin ou Plon, et l’essor des éditeurs scolaires (Hachette, Colin, Delagrave), c’est donc un paysage éditorial très contrasté qui va être touché de plein fouet par la Première Guerre mondiale.

 
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