arrêt sur
livres d'enfants

De l’après-guerre aux années 1970

La loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse encadre l’édition des années d’après-guerre. Avec la prise de conscience que l’image et les mots peuvent être un outil de propagande, les livres pour enfants sont gagnés par un regain de valeurs morales.

Le thème de la vie quotidienne revient alors en force car il est considéré comme un modèle au-dessus de tout soupçon. On peut analyser à l’aune de ce contexte "moral" et du baby-boom le succès éditorial des albums de Caroline (c’est en 1953 qu’Hachette demande à Pierre Probst de créer des albums dont le héros est un enfant) ou de Martine, écrits par Marcel Marlier et illustrés par Gilbert Delahaye (Martine à la ferme, le premier de la série, sort en 1954 chez Casterman).

 

Le temps des séries

Par ailleurs, ces années 1950 sont marquées par le phénomène des séries, aussi bien pour les albums que pour les romans, au sein de collections existantes ou nouvelles, "Bibliothèque rose", "Bibliothèque verte", "Rouge et or", "Petits livres d’or", "Bibliothèque internationale", etc. Décriées ou encensées par les pédagogues et les bibliothécaires, ces séries ont rencontré un public sur plusieurs générations et figurent toujours dans le paysage actuel du livre pour enfant.
Notons qu’après un siècle de bons et loyaux services, la "Bibliothèque rose illustrée", en 1958, se métamorphose en "Nouvelle Bibliothèque rose" – c’est la période faste des Club des Cinq, Clan des Sept, Oui-Oui – et en "Bibliothèque verte" – Alice, les Six compagnons… –, où prédominent les traductions anglo-saxonnes. L’influence de la production américaine est par contre limitée dans l’essor de la bande dessinée et de la presse pour la jeunesse.
Les années 1950 à 1960 voient le triomphe des journaux illustrés comme Tintin, Pilote et Spirou, avec leur cortège de héros populaires (Lucky Luke, Astérix et Obélix, etc.).

Hors série

Dans les années 1970, un mouvement s’oppose à cette production qui semble privilégier le quantitatif sur le qualitatif. Cette réaction affecte les textes et le graphisme, en particulier dans l’album. Le signal est donné en 1967 avec la publication par Robert Delpire de Max et les maximonstres de Maurice Sendak. Publié en 1963 aux États-Unis, l’album fait scandale à la fois en raison du thème abordé (l’inconscient enfantin) et du statut de l’image, laquelle, en effet, prend son indépendance, n’est plus une simple paraphrase du texte, mais s’insère dans la page, l’envahit, la bouscule et devient un texte parallèle. Dans le même esprit, les éditions de François Ruy-Vidal et Harlin Quist passent pour tout aussi provocatrices par leur graphisme et leur thématique.
 
 

L'Ecole des loisirs

Enfin, ce panorama ne serait pas complet sans l’évocation de l ’École des loisirs , créée en 1965 par Jean Fabre, avec la complicité de Jean Delas et d’Arthur Hubschmid. Cette maison d’édition va modifier en profondeur l’image du livre pour enfant en publiant des ouvrages novateurs d’auteurs et d’illustrateurs français et étrangers, parmi lesquels l’album Les Trois Brigands, de Tomi Ungerer, paru en 1968, a lui aussi choqué par le traitement graphique de l’image et son humour ravageur.

Raconte-moi une histoire… Qu’ils soient conservés dans des établissements publics, comme les collections patrimoniales de la Bibliothèque nationale de France, dans la bibliothèque d’un particulier, collectionneur ou simple amateur, dans un grenier familial, tous ces livres sont les témoins de sensibilités d’ordre artistique, littéraire ou éditorial mises au service de l’enfant. Et leur histoire s’est poursuivie après les années 1970, au gré des créations contemporaines.

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