Ce potentiel technique est exploité par les gros éditeurs et les nouveaux, et c’est à l’intérieur que se dessine l’autre mouvement, d’innovation graphique. Au Père Castor, une nouvelle génération d’illustrateurs s’est installée, de Romain Simon à Gerda Muller, mais le réalisme pédagogique, non exclusif de poésie, reste la norme. Dès 1955 Robert Delpire ose, lui,
Les Larmes de crocodile, puis les formats géants Actibom et Multibom, et publie
Max et les maximonstres en 1967, mais sans rencontrer le succès. L’école des loisirs se crée en 1965 et publie ses premiers albums innovants, importés, en 1968 avec
Les Trois Brigands de Tomi Ungerer.
Enfin l’éditeur "Les Livres d’Harlin Quist" fait une offre radicale, important les thèmes du graphisme d’avant-garde américain et Ruy-Vidal lance des collections d’albums modernes chez Grasset, Delarge, Rageot. Toute une génération d’auteurs nouveaux apparaît, Claveloux, Lapointe, Galeron, Rosensthiel, Bour… qui gagnent leur vie dans la presse ou en illustrant des couvertures de Folio junior entre deux albums. Les éditions Des femmes, en 1975, injectent la question d’un féminisme assez radical, tandis que Le Sourire qui mord, issu d’un courant libertaire, animé par Christian Bruel, publie en 1975
Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon. Bien que l’essentiel de ces albums connaisse alors une diffusion confidentielle, le succès progressif de L’École des loisirs, appuyé sur le réseau enseignant et le soutien des bibliothèques pour la jeunesse en plein développement, aboutit à la multiplication du nombre d’albums édités.