L'Appel de la forêt
Texte de Jack London, Illustré par Claude Lapointe
Paris, Gallimard, "Grands textes illustrés", 1979
BnF, La Joie par les livres, Fol F 1379
La collection des "Grands Textes illustrés" a compté seize titres publiés de 1977 (La Guerre des boutons) à 1983 (Histoires comme ça). Le concept était de publier en texte intégral, au format d'un grand album, comprenant beaucoup d'illustrations essentiellement en couleurs, de grands romans du fonds Gallimard (L'Enfant et la rivière, de Bosco ; Les Contes du chat perché de Marcel Aymé ; Le Lion de Kessel, Le Petit Nicolas.), puis des classiques de la littérature pour la jeunesse (Stevenson, Twain, Kipling.). Les illustrateurs sont ceux dont les noms figurent sur tant de couvertures de Folio junior, comptant parmi les graphistes les plus innovants des années 1970 : Henri Galeron, Georges Lemoine, Étienne Delessert, Claude Lapointe. Celui-ci signe deux titres : La Guerre des boutons de Louis Pergaud et L'Appel de la forêt de Jack London (pseudonyme de John Chaney, 1876-1916). L'œuvre de London, du moins ses romans animaliers ou situés dans le grand Nord, entièrement écrite entre 1900 et 1916, apparaît dès 1929 au catalogue de la "Bibliothèque verte" d'Hachette, dont elle est un des piliers. On voit ici une des dernières doubles pages, traitée par Lapointe en un véritable tableau dont le texte est chassé. Elle représente, dans une perspective magique sur la lune, Buck, rencontrant le loup qui l'appelle, et cédant à la tentation de la sauvagerie, renonçant à l'amitié avec l'homme. Peu après, son maître est assassiné, et le livre se clôt sur une autre double page, l'image de Buck, avec les siens, régnant sur la forêt et la mine abandonnée. Claude Lapointe (né en 1938) avait alors illustré des albums d'avant-garde, notamment un Petit Poucet chez Grasset, et animait des bandes dessinées dans les revues de Bayard Presse. Si la collection fut, comme d'autres ambitieux essais de Pierre Marchand ("1000 soleils Or") un échec commercial, elle a modernisé et ressuscité le concept de grand roman illustré, qui n'était plus pratiqué que par Delagrave, et montré une voie moderne capable de rivaliser avec la monumentalité des livres de Gustave Doré ou Job. (O. P.)