Les Lumières sont une époque d'aboutissement,
de récapitulation, de synthèse – et non d'innovation
radicale. Les grandes idées des Lumières ne trouvent pas
leur origine à cette époque ; quand elles ne viennent
pas de l'Antiquité, elles portent les traces du haut Moyen
Âge, de la Renaissance, de l'époque classique. Les
Lumières absorbent et articulent des opinions qui dans le passé
se combattaient.
À la fois rationalistes et empiristes, héritières
de Descartes comme de Locke, les Lumières accueillent les Anciens
et les Modernes, les universalistes et les particularistes. Elles sont
éprises d'histoire et d'éternité, de
détails et d'abstractions, de nature et d'art, de
liberté et d'égalité. Si les ingrédients
sont anciens, leur combinaison est neuve : non seulement ils ont été
articulés entre eux, mais, et cela est essentiel, c'est
au moment des Lumières que ces idées passent des livres
dans le monde réel.
De très nombreux individus portent la pensée
des Lumières. Loin de se sentir d'accord entre eux, ils
passent leur temps en âpres discussions, de pays à pays
comme à l'intérieur de chaque pays. Les Lumières
sont un temps de débat plutôt que de consensus. Multiplicité
redoutable, et pourtant, il existe un esprit commun des Lumières.
Trois idées se trouvent à la base de cet esprit, tissé
par leurs innombrables conséquences : celle d'
autonomie,
celle de
finalité humaine
de nos actes, celle enfin d'
universalité.