L'Islam peut être doublement associé
au phénomène des Lumières. Dès le milieu
du VIIIe siècle, il en a produit des prémisses ; à
partir du XIXe siècle, il en a subi les effets.
Entre 750 et 1050, des auteurs ont usé d'une
étonnante liberté de pensée dans leur approche
des religions. Dans leurs analyses, ils se sont soumis au primat de
la raison. Ce phénomène a eu lieu à un moment d'échange
intellectuel intense, un peu plus d'un siècle après
l'avènement de l'Islam qui reconnaît une place
relative aux autres croyances monothéistes fondées sur
une Révélation. C'est cette tolérance qui
va être à l'origine de ces éclosions précoces.
Les Lumières comme mouvement d'idées sont connues
en terres d'Islam après l'expédition de Bonaparte
en Égypte (1798). Confronté à des armes, à
des biens matériels, à des moyens techniques, à
des approches scientifiques inconnus et efficaces, l'Islam veut
comprendre les raisons de l'avancée européenne.
C'est dans ce contexte que les lettrés musulmans des aires
arabe, turque, persane, asiatique, découvrent les Lumières.
Des voyageurs de ces divers espaces visitent les métropoles d'Europe
et transmettent leur fascination à leurs compatriotes. Un désir
d'Europe s'exprime dans la politique des États, à
travers les réformes des Tanzimet introduites dans l'Empire
ottoman par les sultans Mahmut II (règne : 1808-1839) et Abdül-Megid
(règne : 1839-1861) et dans le cadre de la modernisation de l'Égypte
à l'initiative de Muhammad ‘Ali (règne : 1805-1849).