Inde

avec Charles Malamoud

 
On trouve des éléments des Lumières chez des figures de souverains ou de conseillers du prince, qui les apparentent au "despotisme éclairé" européen.

À la suite d'une expédition guerrière, l'Empereur Asoka (règne de 261 à 227 av. J.-C.) conscient de ses actes de cruauté se convertit au bouddhisme et remet en question la légitimité de la conquête. Désormais, il souhaite faire progresser la "Loi", c'est-à-dire la doctrine du Bouddha qui s'efforce de supprimer la violence parmi les hommes et celle infligée aux animaux. Pas d'emprisonnement arbitraire, ni de torture sous l'empire de mauvais penchants, obstacles à l'impartialité. Ses représentants doivent traiter avec égard les sujets, y compris les pauvres, les faibles, les domestiques, les esclaves qui ne doivent pas être exposés à l'injustice. La bienveillance du souverain se manifeste aussi par la tolérance aux différentes sectes religieuses à l'intérieur ou à l'extérieur du bouddhisme.
 
Homme du MalabarVeuve hindoue se jetant dans un brasier
 
Kautilya, auteur d'un traité sur la science du gouvernement, que la légende dit conseiller du grand-père d'Asoka, montre comment la "politique" est liée à l'économie. Il instruit le roi sur les moyens de conquérir et tous les savoirs qu'il acquiert ont pour fin la pleine maîtrise de soi. Les sujets doivent être confiants, se sentir protégés des malfaiteurs mais aussi de l'arbitraire de l'administration royale. Le respect de la personne est mis en avant. Enfin, le roi ne doit pas s'embarrasser d'astrologues car ce n'est pas dans les étoiles que les événements se décident. Cette autonomie de la raison caractérise le roi et contraste avec les croyances partagées par l'ensemble des sujets.
 
> entretien avec Charles Malamoud,
directeur d'études honoraire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE, Ve section), linguiste et anthropologue de l'Inde