La Chine, avec son fameux philosophe Confucius, son
humanisme rationaliste et son despotisme éclairé, a été
l'un des objets majeurs de curiosité et de fascination pour les
penseurs des Lumières, Leibniz et Voltaire en tête. Certes,
une telle rencontre entre l'esprit des Lumières, si emblématique
de la modernité européenne, et l'héritage culturel
chinois, alourdi par une histoire plurimillénaire, constitue
un paradoxe qui résulte, de fait, de représentations mythifiantes,
voire mystificatrices, mais encore tenaces chez nos contemporains.
On peut cependant se demander, d'une part, ce qui a
permis de projeter sur la Chine pareille image et, d'autre part, si
l'histoire chinoise n'aurait pas connu, elle aussi, un moment déterminant
qui aurait contribué à "éclairer" les
esprits et les mœurs au profit du plus grand nombre et pour longtemps.
Ce "moment-phare" peut être situé au début
du deuxième millénaire de l'ère chrétienne
: alors que l'Europe érigeait des cathédrales, la Chine
construisait un ordre intellectuel et socio-politique nouveau que l'on
a pu qualifier de "néo-confucéen" et qui a connu
des développements et des répercussions jusque dans le monde sinisé d'aujourd'hui.