Emmanuel Kant (1724-1804)

 
"Agis de telle sorte que tu traites l'humanité toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen."
Philosophe allemand. Sa philosophie, le criticisme, renouvelle la théorie de la connaissance (Critique de la raison pure), de la morale (Métaphysique des mœurs), de l'expérience esthétique (Critique de la faculté de juger).
Portrait d'Emmanuel Kant

"Qu'est-ce que les Lumières ?"

À cette question, la réponse fameuse de Kant définit autant une ambition qu'elle résume les efforts déjà accomplis dans le siècle pour y répondre.
Kant caractérise le mouvement des Lumières comme l'émancipation de la personne humaine par la connaissance, comme l'acquisition par l'homme de son autonomie intellectuelle – une rupture avec l'autorité des traditions : oser penser par soi-même et se libérer des vérités imposées de l'extérieur qui maintiennent l'humanité en tutelle. Il s'agit d'une dynamique, une "marche", dirait Kant.
Cette idée de cheminement vers la clarté ou la lumière présente dans le terme utilisé en Allemagne, Aufklärung, n'apparaît pas dans le terme français, Lumières, qui vient plutôt jeter de l'ombre sur la lumière illuminatrice de la grâce divine.

Des usages publics et privés de la raison

Cette pratique de l'esprit critique corrélative de l'émancipation de l'individu, Kant la situe dans la société : la diffusion des Lumières requiert la liberté "de faire un usage public de sa raison dans tous les domaines". En distinguant un usage public de la raison d'un usage privé, il pose aussi la question de l'émancipation de la société tout entière, ce qui souligne le travail de sape de la structure organiciste de la société de son temps par l'individualisme.
L'usage privé de la raison, Kant l'explicite en prenant l'exemple du fonctionnaire qui, investi de sa charge, ne parle qu'au nom d'une communauté, si importante soit-elle, et non de l'universel. La communauté à laquelle renvoie l'usage public de la raison est une communauté de débat, entre des hommes égaux en droits, qui pensent par eux-mêmes et communiquent avec les autres, leurs semblables. Ce ne sont pas les membres d'un club ou d'une confrérie, d'un café ou d'un parti, qui sont toujours des "réunions de famille" et donc particulières, mais des lecteurs puisque l'écrit reste le vecteur privilégié de la communication. Avec ce public de lecteurs éclairés, qui exercent leur esprit critique d'abord dans l'intimité sécularisée et silencieuse d'un espace de lecture autonomisé des hiérarchies avant de le constituer en espace public par l'échange et la confrontation, Kant souligne que les Lumières sont un mouvement, un effort à accomplir génération après génération. Il entérine des pratiques des Lumières qui ont transformé le visage de la société du siècle : l'essor de l'écriture et de la lecture, le débridement de la liberté d'expression, la multiplication des formes de l'imprimé et de la sociabilité, la croissance des circulations et des communications, la naissance de l'opinion publique.
 

Critique de la faculté de juger

Avec la Critique de la faculté de juger (1790), Kant intègre à sa réflexion l'irrationnel en tant que tel : quelles que soient la diversité et l'irréductibilité d'aspects du réel, la singularité des individus ou l'originalité des œuvres d'art, il est possible de les penser sans éclipser la raison. Refusant de réduire le réel à un tout rationnel, Kant trouve dans l'esthétique le terrain idéal pour résoudre la question de la subjectivité et de l'intersubjectivité puisque avec le jugement de goût on attribue à son sentiment particulier une valeur universelle. Pour Kant, toujours à la recherche de l'accord de la liberté et de l'ordre, il s'agit de penser par soi-même en se mettant à la place de tout autre.
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