Parcours thématiques autour de Candide

1. Le Paradis

Candide est chassé pour avoir transgressé les règles du château et découvre l'enfer de l'autre côté des murailles. L'exclusion est une première étape dans la découverte de l'artifice : le domaine de Thunder-ten-tronckh se révèle rapidement l'exact contraire du paradis apparent. Reposant sur la hiérarchie d'une noblesse à bout de souffle, il néglige les valeurs morales pour préférer l'argent et l'aristocratie, l'égalité n'y est qu'un leurre, le mensonge s'y déploie et, surtout, le système tient uniquement par l'isolement. Voltaire multiplie les contrepoints avec le modèle antique ou biblique : comment cette déconstruction du modèle sert-il son projet de conte philosophique ?
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2. La guerre

Au XVIIIe siècle, la guerre se perfectionne et se mondialise. Lorsque paraît Candide en 1759, on se bat partout : en Europe, en Amérique, en Inde. À l'inverse d'une guerre héroïque portée par l'épopée, Voltaire met en scène une guerre cruelle, ennemie de la civilisation. Les représentations évoluent entre le XVIe et le XIXe siècle. Écrivains et artistes en donnent une vision toujours plus réaliste.
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3. Au nom de Dieu : le fanatisme religieux

Voltaire met en scène le tremblement de terre de Lisbonne survenu le 1er novembre 1755 : l'événement bouleverse profondément les mentalités. Capitale d'un pays réputé pour sa foi catholique, Lisbonne ne semblait pas mériter ce châtiment. Pourquoi une pareille catastrophe le jour d'une fête catholique ? La philosophie du XVIIIe siècle n'explique pas une telle manifestation de colère divine. L'Inquisition s'acharne, en vain, à chercher des coupables.
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4. Le malheur des femmes

L'image de la femme dans Candide est multiple, mais c'est toujours une figure malmenée. La Vieille, fille d'un pape et d'une princesse, fait le récit d'une vie qui accumule tous les malheurs : elle est vendue comme esclave, amputée d'une fesse, violée par les Turcs. Elle annonce à Cunégonde les infortunes qui l'attendent et qui feront de la jeune fille "fraîche, grasse, appétissante" une femme laide et acariâtre. Cette vision est-elle conforme à ce que vivent les femmes au XVIIIe siècle ? Si elles peinent à exister socialement et sont volontiers cantonnées à la sphère privée, ne commencent-elles pas à revendiquer des droits ou à prendre part à la vie publique ?
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5. Le mal

La remise en cause par Candide du "meilleur des mondes possibles" le conduit à une interrogation fondamentale sur le mal : mal physique, mal moral, comment l'expliquer ? Un bouc émissaire peut-il le circonscrire ? Pouvons-nous faire le mal en pensant faire le bien ? Ces questions essentielles, posées par Candide ou s'imposant à lui au fil du parcours, demeurent d'une grande actualité.
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6. Images de l'autre

L'autre inquiète par son étrangeté et ce n'est pas sans ironie que Voltaire décrit ici les mœurs les plus extrêmes fantasmées par les Européens, de l'anthropophagie à la zoophilie. Les voyages, réels et imaginaires, qui constituent une dimension essentielle du XVIIIe siècle, font évoluer l'image de l'autre.
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7. L'utopie

L'Eldorado n'est pas sans rappeler l'île d'Utopie de Thomas More (1516) tout aussi difficile d'accès, ou la Bétique dans les Aventures de Télémaque de Fénelon (1699) où les habitants ne se soucient guère de l'or. Ce que décrivent Voltaire, dans Candide, ou Thomas More dans Utopia, c'est une société idéale réalisée par des moyens humains : les maux et les vices sont extirpés parce que "la meilleure forme de gouvernement" a été instituée ici-bas, c'est-à-dire en prenant la condition humaine telle qu'elle est. Mais la réalisation du rêve utopique a parfois sa face d'ombre. Candide le pressent-il en quittant l'Eldorado ?
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8. L'esclavage

Au XVIIIe siècle, les Antilles deviennent une destination majeure de la traite négrière qui fournit la main-d'œuvre pour les plantations de canne à sucre. La vie des esclaves est régie depuis 1685 par le Code noir qui se prête à tous les abus. Des voix prestigieuses appellent à l'abolition au nom des principes de liberté et d'égalité. Abrogé par la Convention en 1794, rétabli par Napoléon en 1802, l'esclavage ne sera définitivement aboli en France qu'en 1848.
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9. Le récit enchâssé et l'image dans l'image

Ellipse temporelle, récit dans le récit, changement de voix et de ton, Voltaire joue en virtuose des procédés narratifs dans Candide. Les récits de la Vieille et de Cunégonde laissent entrevoir une autre histoire, parallèle à celle suivie par le lecteur depuis le début du conte. De même qu'un récit secondaire vient s'enchâsser dans le récit principal, l'image vient parfois s'insérer dans l'image. Procédé narratif, dialogue entre images principale et secondaire, interrogation sur le statut de la représentation et sur la place respective de l'artiste et du spectateur, jeux de miroir et de sens, etc. : enlumineurs, peintres et photographe multiplient ainsi les effets de mise en abyme.
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10. Jeu mondain, jeux de société

Le jeu occupe une place de choix dans le Paris du XVIIIe siècle : jeux de salon, loterie mais aussi jeu social de la conversation, création d'espaces publics par l'aménagement du Palais-Royal ou des Tuileries. Les jeux d'argent, licites ou illicites, envahissent l'espace urbain et gagnent toutes les couches de la société. Ce Paris est très éloigné de celui des Misérables de Hugo ou de l'Assommoir de Zola.
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11. Le carnaval ou l'inversion des valeurs

Les trois chapitres qui se déroulent à Venise ont pour thème commun le carnaval ou l'inversion des valeurs. Derrière les apparences de l'amour se cachent une prostituée vérolée et un moine défroqué. Prococuranté, prince désabusé, dénigre toutes les valeurs établies de l'art et du savoir. C'est au chapitre XXVI que la mascarade du carnaval est la plus criante, face à ses rois déchus témoins de l'illusion du pouvoir.
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12. Le jardin

Le jardin final de Candide n'est pas un jardin d'agrément, mais un jardin qui joue du double sens du mot culture, de la terre et de l'esprit, qui s'oppose à la nature sauvage et à la barbarie que le conte a fait surgir. Au terme d'un voyage qui a révélé toutes les formes du mal, le jardin apparaît comme le reflet du monde dont rêve Candide. Ce jardin inscrit le texte de Voltaire dans une filiation très dense qui sollicite à la fois le paradis de la Genèse, le jardin reflet du monde de l'Extrême-Orient, les jardins paradisiaques de l'Asie orientale, le cloître des monastères, les états paradisiaques dont Allah est le jardinier dans l'Islam, la dimension métaphysique des jardins persans dont certains retracent le plan de la cité.
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