James Cook, Relations de voyages autour du monde, 1768-1779

 Francesco Guardi : Vue de la place Saint-Marc
On ne peut pas regarder ces naturels comme un peuple guerrier. Je les considère au contraire comme une race inoffensive et craintive, nullement portée à la cruauté, ainsi qu'en témoigne leur conduite envers un de nos hommes, dans la rivière Endeavour, dont j'ai déjà parlé ; ils ne sont pas non plus très nombreux. Ils vivent par petits groupes le long de la côte, ou sur les rives des lacs, des rivières, des criques, etc. Ils ne semblent pas avoir d'habitations fixes, mais se transportent d'endroit en endroit, comme des bêtes sauvages à la recherche de nourriture, et ne s'assurent leur subsistance qu'au jour le jour, suivant ce qu'ils rencontrent. Ils ont des harpons de bois, à deux, trois ou quatre fourchons, très ingénieusement faits, avec lesquels ils piquent le poisson. Nous les avons aussi vus toucher des poissons et des oiseaux avec leurs javelines, dont ils se servent aussi bien pour tuer d'autres animaux. Ils ont aussi des harpons pour piquer des tortues, mais je ne crois pas qu'ils en prennent beaucoup, excepté à la saison où elles viennent à terre pour pondre. Bref, ces peuples vivent principalement de chasse et de pêche, mais surtout de cette dernière. Sur toute la surface de leur pays, nous n'avons vu nulle part un pouce de terre cultivée. Ils savent cependant que l'on peut manger les taara, et en mangent quelquefois. Nous ne leur avons jamais vu manger quoi que ce soit de cru. Ils font rôtir ou griller tout ce qu'ils mangent sur de petits feux lents. Leurs maisons sont de misérables petits abris guère plus grands qu'un four, faits de branches, d'écorce, d'herbe, etc. ; encore ne s'en servent-ils que pendant la saison humide, car pendant la journée c'est en plein air qu'on les voit le plus souvent dormir. Nous avons vu bien des endroits où ils couchent, abrités par des écorces, de l'herbe, s'élevant d'un pied à peine du côté d'où venait le vent.