André-Adolphe-Eugène Disdéri (1819-1889)
Galerie des Glaces
1855
Album Palais de Versailles. Vues d'intérieur prises à l'occasion de la visite de S. M. la reine Victoria par Disdéri, photographe des palais de l'Industrie et des Beaux-Arts. Médaille de première classe à l'exposition universelle de 1855, médaille de première classe à l'exposition d'Amsterdam
Texte par A. Caron de Lalande. Paris, administration, 3, rue Le Pelletier, (Paris, typographie de Henri Plon, impr. de l'empereur, rue Garancière, 8), 1857, 44 p. - 7 f. de pl. 7 photographies : épreuves sur papier albuminé d'après des négatifs sur verre au collodion (environ 35 x 27 cm), 1855.
Au recto du 2e feuillet, dédicace imprimée : "À Leurs Majestés Impériales l'empereur Napoléon III et l'impératrice Eugénie / Hommage du plus profond respect / De leur très humble et très obéissant serviteur et sujet Disdéri". À la fin de l'ouvrage, liste des 1451 "hauts personnages qui ont eu l'honneur d'assister au bal offert par S. M. l'empereur des Français à S. M. la reine d'Angleterre"
Demi-reliure en chagrin rouge de R. Petit, 1861
Bibliothèque nationale de France, Dépôt légal, 1857. Rés Lk7.10265

"25 août 1855 - C'est le jour de la fête de saint Louis ; le château, le jardin, le parc, tressaillent ! Ce n'est plus Louis XIV qui va paraître, Louis XIV, le souverain aimé et glorieux ; c'est l'empereur Napoléon III, le souverain glorieux et aimé, qui reçoit la visite de la gracieuse reine Victoria."
Eugène Disdéri avait trouvé, pour commenter ses vues de l'intérieur du palais de Versailles prises à l'occasion de la visite d'État de Victoria à Paris, un parfait courtisan. On ne sait rien d'Auguste Caron de Lalande si ce n'est qu'il connaissait bien le château. Peut-être appartenait-il au service du Mobilier, qui avait été chargé de la décoration. Disdéri, quant à lui, était ce photographe catalogué comme dangereux socialiste qui avait dû quitter Brest en 1852 pour faillite. Mais l'année suivante il publiait un Manuel opératoire de photographie sur collodion instantané et, à l'occasion de travaux photographiques pour la maison de l'Assomption de Nîmes, se refaisait une réputation. Au point de s'installer luxueusement en 1854 à Paris et d'être le protégé de la galerie photographique de la revue Cosmos, dont le rédacteur était un jésuite, l'abbé Moigno. Cette même année, il avait déposé un brevet pour des "perfectionnements photographiques" et exécuté ses premiers portraits carte-de-visite. L'annonce de l'Exposition universelle de 1855 lui ayant fait espérer une importante clientèle, il avait fondé la Société du palais de l'Industrie et obtenu le droit de photographier les objets exposés. Le prince Napoléon était président de la commission impériale pour l'Exposition universelle. On trouvera son portrait photographique "grandeur naturelle" dans le bureau de Disdéri.
Ces bonnes relations ouvrirent, à la veille de la réception, les portes de Versailles au photographe. Trois cent quarante-six épreuves restaient encore au siège de la société en février 1856 lors de l'inventaire qui suivit une nouvelle faillite. L'album commémoratif ne devait être publié par Disdéri qu'en juillet 1857, au moment de ses difficultés financières. La visite de Victoria ne donnait plus maintenant que l'occasion de faire la cour à l'empereur et de rechercher ses faveurs. On espérait que les invités, flattés de voir leurs noms cités, achèteraient l'ouvrage.
L'album s'ouvre sur la façade donnant au levant et Caron de Lalande rapporte que "Louis XIV en fit aussi accroître le désordre pour qu'elle fût mieux l'image du point où il avait pris la monarchie et du chaos qui existait avant lui. Mais, sur la façade qui regarde le couchant et qui est tout entière son ouvrage, il voulut qu'on pût lire l'ordre qu'il avait établi en toutes choses". Les sept photographies choisies par Disdéri sont emblématiques : après la façade sur le levant venaient la Chambre de Louis XIV, le Salon de l'Oil-de-bouf, la Galerie des Batailles, le Salon de la Paix, la Chapelle, la Galerie des Glaces. Malgré des salles vides, on imagine une certaine splendeur : "La fête de Versailles donnée par Napoléon III à la reine Victoria semblerait être déjà quelque impossible conte de fées, si les heureux témoins de ces merveilles n'étaient là pour attester qu'ils les ont vues, qu'ils ont touché du doigt ces somptuosités inimaginables, qu'ils ont respiré toutes ces fleurs reflétées par des flots de lumière dans une interminable galerie de glaces."
Sans doute l'album fut-il offert au couple impérial. Cependant l'impératrice Eugénie ne donna à la bibliothèque du palais de Fontainebleau qu'un ensemble incomplet de cinq planches.
En 1867, Disdéri, maintenant photographe de toutes les cours de l'Europe et de celle de l'empereur du Mexique, se rendra au château de Windsor et à Osborne House, la résidence de la reine dans l'île de Wight. Si le regard est toujours un peu solennel, quelques épreuves plus intimes et les vues champêtres des communs d'Osborne révèlent une souveraine plus familière.
M.-C. S.-G.