Pierre-Ambroise Richebourg
Album Palais impérial de l'Élysée Napoléon, planche XIX
Vers 1864
27 épreuves sur papier albuminé d'après négatif sur verre au collodion
Reliure en toile chagrinée verte aux armes de Napoléon III
Timbre sec sur les montages : "Richebourg, phot. de La Couronne, Paris, quai de l'Horloge, 29"
Collection du photographe (dispersée en vente publique) ; collection Léger ; bibliothèque André Lebey ; collection Georges Sirot ; acquisition 1955. Bibliothèque nationale de France, Ve 1451 folio Réserve

Pierre-Ambroise Richebourg demeure mal connu et certainement sous-estimé, malgré l'importance d'une œuvre qui s'étend des origines de la photographie (il est formé à l'optique chez Vincent Chevalier puis élève de Daguerre) jusqu'à la Commune de Paris, en 1871. Il est difficile de cerner la personnalité de cet opticien intéressé par la technique (redressement de l'image dès 1839, premières photographies microscopiques pour Alfred Donné en 1840, portrait d'identité pour passeports dès 1853, deux ouvrages techniques publiés en 1843 et 1853), commercialisant des images scientifiques, des nus et des portraits au daguerréotype puis réussissant une rapide conversion au collodion dès le début des années 1850.
Richebourg a sous le Second Empire un rôle important de photographe officiel dans les genres les plus divers : associé à la diffusion d'événements politiques (visite de la reine Victoria en 1856, inauguration du port de Cherbourg en 1858) et familiaux (baptême du prince impérial en 1856), il prend des vues des résidences officielles (hôtel de ville de Paris, palais du Luxembourg, château de Fontainebleau, palais de l'Élysée, maison pompéienne du prince Napoléon). S'y ajoutent les tableaux contemporains (avec une préférence pour les commandes de l'État) et il photographie à plusieurs reprises les Salons. Son éclectisme va enfin jusqu'aux volailles de concours. Comme les Mayer et Pierson, il a un atelier commercial : il ne s'agit donc pas pour lui d'obtenir des subventions comme Nègre ou Charnay, mais de se faire faciliter ou réserver l'accès à certains sujets dont le gouvernement et lui-même peuvent trouver avantage à diffuser les images.
Il semble notamment que Richebourg se soit fait une spécialité parallèle de la photographie judiciaire : il collabore avec la police pour produire une image d'une brutalité sans précédent des six membres de la famille Kinck, tout entière sauvagement assassinée par Troppmann en septembre 1869, et Ernest Lacan dit avoir vu dans son atelier les portraits de "tous les criminels qui se sont succédé sur les bancs de la cour d'assise depuis 25 ans".
Révolutionnaire aux côtés d'Althon-Shée en 1848, franc-maçon et bonapartiste, Richebourg occupe vraiment une place à part parmi les grandes figures de la photographie parisienne du Second Empire. Il ne cherche ni le succès de Nadar ou Disdéri ni la reconnaissance artistique de Nègre, Le Gray et Bisson. Il avance plus discrètement, mais multiplie les commandes publiques et les missions de prestige.
Sans que l'on ait retrouvé trace d'une commande, c'est au moins avec un accord officiel qu'il réalise vers 1864 un ensemble de vingt-sept tirages de grand format représentant quelques extérieurs mais surtout l'intérieur du palais de l'Élysée, alors nommé "palais impérial de l'Élysée Napoléon". La résidence avait pris temporairement ce nom en 1808, lorsque Murat, acquéreur en 1805, l'avait cédée à son beau-frère. Le futur Napoléon III, comme président de la IIe République, y résida de décembre 1848 à décembre 1851. C'est là qu'il prépara le coup d'État du 2 décembre 1851. Ce palais était donc cher à son cour à plusieurs titres ; dès 1852 il en confia la restauration à l'architecte Eugène Lacroix, fils de sa nourrice et frère d'Hortense Cornu, une femme de lettres qui eut beaucoup d'influence sur lui et dont le mari, le peintre Sébastien Melchior Cornu, également frère de lait de l'empereur, fut chargé de la décoration intérieure du palais entre 1854 et 1865.
La série de photographies prise par Richebourg vers 1864 fait donc état de la nouvelle magnificence du lieu, alors utilisé comme résidence des souverains étrangers de passage à Paris. Eugène Lacroix était également inspecteur des châteaux de la couronne : c'est peut-être par son entremise que Richebourg put en photographier presque tous les intérieurs. Les pièces luxueuses et désertes attestent à la fois la rénovation au goût du jour et l'absence d'occupants à demeure, mais ce simple constat est fait sur un ton qui est souvent d'une poésie inattendue, dans une luminosité élégante et rêveuse.
S. A.