Auguste-Hippolyte Collard (1812 - entre 1885 et 1897)
"Chemin de fer du Bourbonnais. Viaduc du canal à Briare (Loiret).
Juillet 1861"
Album Chemin de fer du Bourbonnais. Ligne de Nevers. Juillet 1861

"Nota : les clichés des épreuves photographiques contenues dans l'album ont été faits en huit jours à l'occasion du voyage de Sa Majesté l'empereur."
Page de titre ; 9 épreuves sur papier albuminé d'après négatif sur verre au collodion ; 10 aquarelles ; carte dépliante
Exemplaire en feuilles dans une chemise en chagrin vert aux armes de Napoléon III avec encadrement de rinceaux. Doublure de soie moirée verte. Titre calligraphié en rouge, or et bleu
Timbre sec de Collard et légende calligraphiée à l'encre noire sur les montages
Dépôt du château de Fontainebleau, Fb 23862

La vie et l'œuvre de Collard ayant fait l'objet de deux études récentes, on en connaît désormais bien les grandes lignes. Ce photographe, actif dès les années 1850 et jusqu'en 1885, s'est très tôt spécialisé dans les commandes de travaux pour le ministère de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, dont il a ainsi suivi les réalisations durant des années. Il s'est particulièrement attaché à la construction de ponts parisiens : d'abord le pont Saint-Michel, dont il documente les travaux en 1857, puis le Pont-au-Change (1858-1860), le pont de l'Alma (1859-1866), mais aussi les ponts métalliques et ponts tournants, chefs-d'œuvre de l'architecture du fer, réalisés dans toute la France. On lui commanda encore de suivre la construction des viaducs de chemin de fer (par exemple celui d'Auteuil en 1863-1866), les travaux de dérivation de la Dhuis et de la Vanne entre 1864 et 1873, les écluses, les barrages, etc.
Documentation pour les architectes des Travaux publics, ces photographies offrent aussi la possibilité de présenter au public, en grands formats spectaculaires, la marche de la modernisation des villes et des transports ferroviaires et fluviaux. Elles sont vues aux Expositions universelles - où, faut-il le rappeler ? la photographie illustre abondamment toutes les sections, loin d'être confinée à la seule section photographique qui focalise aujourd'hui l'attention de ses historiens. Ainsi Collard présente-t-il en 1867 un album des Ponts de Paris construits ou reconstruits depuis 1852 comprenant quarante planches.
Ses commandes et ses travaux sont comparables par leur destination à ceux de Marville, Baldus ou Delmaet et Durandelle à la même époque. Technicien impeccable, il ne montre pas cependant le même talent que ces contemporains plus illustres. Aussi n'est-il guère prisé actuellement au-delà du contenu historique et documentaire de sa production. Ces considérations esthétiques étaient totalement étrangères à l'administration de l'Empire puis de la IIIe République, et la qualité constante des documents de Collard suffit à assurer trente années de commandes à son atelier. Une aussi longue collaboration avec l'administration pour des travaux similaires ne se rencontre que dans le cas, plus connu, de Charles Marville.
Au-delà de ces tâches quasi routinières, Collard eut l'occasion d'approcher de plus près son commanditaire suprême, l'empereur, à l'occasion de la construction de la première section de la ligne de chemin de fer du Bourbonnais (Paris-Lyon par Nevers, Montargis, Moulin, Vichy). Un album de soixante et une photographies réalisé en 1863 et concernant la section de Moret à Vichy, conservé aux États-Unis, était jusqu'ici la seule trace repérée de ce travail du photographe.
La bibliothèque du château de Fontainebleau recelait cependant un ensemble plus ancien, ici présenté pour la première fois. Les neuf photographies contenues dans ce luxueux portefeuille de maroquin doublé de soie concernent les travaux réalisés à Briare et Montargis, et plus particulièrement leur inauguration par l'empereur en personne fin juillet 1861. Il s'agit donc des premiers clichés de l'album de 1863, exécutés lorsque la ligne était encore en construction.
Comme le confirme une note manuscrite au bas de la première des planches : "Les clichés des épreuves photographiques contenues dans l'album ont été faits en huit jours à l'occasion du voyage de Sa Majesté l'empereur." Tout indique qu'il s'agit d'un exemplaire de présentation, sans doute à l'initiative de la compagnie des chemins de fer puisqu'il comporte, outre les photographies, les plans d'architecte concernant la construction des différentes gares prévues et un grand plan avec le tracé de la ligne dans la région.
S. A.