Édouard Baldus (1813-1882)
"25. Gare de Clermont"
1855
Album Chemin de fer du Nord. Ligne de Paris à Boulogne. Vues photographiques

[Paris], [Compagnie du chemin de fer du Nord], [vers 1860], [1] f. - [50] f. de pl.1 carte illustrée de 24 petites épreuves par Furne fils et H. Tournier à partir de négatifs sur verre au collodion, 1859-1860 ; 36 épreuves par Édouard Baldus, tirages sur papier salé à partir de négatifs sur papier ciré sec, 1855 ; 7 épreuves par Hippolyte-Auguste Collard à partir de négatifs sur verre au collodion, 1858-1859 ; 6 épreuves (auteur non identifié) à partir de négatifs sur verre au collodion, vers 1859 ; légendes manuscrites à l'encre sous l'image à droite.
Tirage à 25 exemplaires. Exemplaire n 2, offert à M. Dalon, membre du conseil d'administration de la Compagnie du chemin de fer du Nord
Reliure en toile chagrinée verte, dos refait. Titre en lettres d'or sur le plat supérieur avec le chiffre du destinataire
Ancienne collection Georges Sirot, acquisition en 1955. Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie, Ve 1368 (1 et 2) petit folio Réserve

"Pendant que Sa Majesté la reine Victoria visitait Paris, plusieurs de nos photographes les plus habiles étaient envoyés sur la route que la gracieuse souveraine avait parcourue, avec la mission de reproduire les monuments et les vues les plus remarquables de Paris à Boulogne-sur-Mer. L'ouvre, poursuivait Ernest Lacan, n'était pas sans difficultés car, ces épreuves étant destinées à composer un album qui devait être offert à Sa Majesté avant son départ, il fallait en deux ou trois jours faire le voyage, prendre les vues et tirer les positifs."
La reine était arrivée à Boulogne et était montée dans le train impérial pour rejoindre Paris. La ligne qui reliait la Manche à la capitale était la plus moderne de France. Aussi la rapidité du voyage, qui démentit la mauvaise réputation du réseau français, donna-t-elle une vive satisfaction à l'empereur, très attaché à promouvoir une industrie ferroviaire indispensable à une économie moderne. Cette ligne, qui reliait la France à l'Angleterre, était un symbole des liens privilégiés, culturels et commerciaux, qui désormais s'établissaient entre les deux pays. À une époque de restructuration du réseau français, le baron James de Rothschild, président et principal actionnaire de la Compagnie du chemin de fer du Nord, prouvait sa compétence. Il avait magnifiquement organisé la réception de la reine à Boulogne et tout le long du très ennuyeux trajet qui la menait à Paris. Fidèle à la tradition de ces albums de prestige qui commémoraient les grands événements de la vie des souverains, il avait pensé offrir à la reine un album somptueusement relié, souvenir de la "Visite de sa majesté la reine Victoria et de son altesse royale le prince Albert, 18-27 août 1855 : itinéraire du Chemin de fer du Nord".
Il avait opté pour une illustration photographique en cinquante planches. La photographie, comme le chemin de fer, était une technique moderne, de plus très appréciée des illustres visiteurs, surtout du prince Albert, qui avait entrepris un inventaire photographique des collections royales. La reine Victoria arrivait avec des photographies de Crystal Palace et de Crimée. Aussi le baron avait-il confié l'illustration de son album à Édouard Baldus, un photographe couvert d'éloges par le rédacteur en chef de La Lumière : c'était un maître incontesté de la photographie d'architecture, habitué des commandes de l'État et qui depuis un an couvrait officiellement le chantier du Nouveau Louvre. Il avait exposé, l'année précédente, à la Photographic Society of London, patronnée par le couple royal et, cette année, il était en bonne place à l'Exposition universelle.
Baldus quant à lui profitait de l'occasion pour augmenter sa collection de "villes de France photographiées", qui s'en tenait pour l'instant à Paris, au Midi et à l'Auvergne. La reine, qui ne voyait pas grand-chose de son wagon, pouvait admirer, venant à elle dans un paysage d'une douceur tranquille, l'abbaye de Saint-Denis, le chalet d'Enghien, le château de Boves, un magnifique panorama d'Amiens avec sa cathédrale, Abbeville et son église, avant d'arriver au port de Boulogne dans une échappée vers l'Angleterre. Et elle avait traversé de nombreuses petites gares avant d'arriver à celle de Boulogne. Baldus avait trouvé là un nouveau sujet qui faisait de lui le premier photographe français de la modernité. Il définissait un style que l'on retrouverait plus tard dans ses vues pour le Chemin de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée. Le regard se posait sur un vaste premier plan de voies et l'on imaginait le train arrivant en gare de Clermont et d'Amiens ; une autre fois, les voies amorçaient un virage et le train filait à toute vitesse, dépassant Longueau ; ou encore elles se présentaient de biais, plantées discrètement au bas de l'image, et la voyageuse, tournant la tête, apercevait la petite gare de Pontoise ou le paysage pittoresque de Saint-Leu-d'Esserent. C'était une véritable œuvre d'art moderne que la reine recevait.
Un nouveau tirage des photographies de Baldus eut lieu quatre ans plus tard, à l'occasion de l'inauguration de la branche via Chantilly de la ligne de Saint-Denis à Créteil. Elles illustraient maintenant l'album du Chemin de fer du Nord, ligne de Paris à Boulogne tiré à vingt-cinq exemplaires, sans doute pour les membres du conseil d'administration de la Compagnie. Elles étaient complétées par une collection de treize vues, les nouveaux ouvrages d'art photographiés pour la plupart par Auguste Collard, des Ponts et Chaussée, et des vues pittoresques.
Cette collection élargie à des sites chers à Napoléon III était le centre d'intérêt de l'exemplaire unique de présentation qui lui fut offert, le Train impérial. Voyage de Paris à Compiègne par Chantilly. Vues photographiques, un album de trente-deux photographies que l'empereur laissa dans le salon du wagon impérial.
M.-C. S.-G.