Bisson frères. Louis-Auguste (1814-1876) et Auguste-Rosalie (1826-1900)
"Vue générale du village de St-Nicolas, altitude 1 150 m, n 212"
1855
Album photographique Bisson Frères et Cie. [1854-1855] Vues pittoresques. Localités diverses
21 photographies, épreuves sur papier albuminé, d'après des clichés sur verre au collodion ; carton de montage portant le timbre humide noir "Bisson frères" et le timbre sec "Bisson frères éditeurs à Paris r. Garancière, 8" (2 pl.) ou le timbre sec "Dépôt général de photographies 35 boulevard des Capucines 35 et rue Neuve St Augustin" (18 pl.)
Dans une chemise de toile verte portant au contreplat supérieur le titre manuscrit ; au coin bas droit, mention manuscrite : "R. I. n 635 / 24 planches ce 2 juin 1861". Don de l'impératrice à la bibliothèque du palais de Fontainebleau (18 mai 1861, n 12 ; R. I. 635) ; ancien D 149 / 4 / 4
Dépôt du château de Fontainebleau, Fb 25598

Le 18 mai 1861, l'impératrice Eugénie faisait don à la bibliothèque du palais de Fontainebleau de deux chemises offrant le compendium de l'œuvre des frères Bisson jusqu'à leur rupture, en janvier 1857, avec leur associé, l'homme d'affaire mulhousien Dollfus-Ausset.
Louis-Auguste, architecte, était devenu daguerréotypiste en 1841 et Auguste-Rosalie, peintre héraldique, en 1848, chacun de son côté. Après avoir uni leur talent à daguerréotyper les membres de l'Assemblée nationale, ils s'étaient associés en 1852 sous la marque "Bisson frères" et s'étaient mis à la photographie d'architecture, faisant tirer leurs clichés chez Lemercier. En 1854, ils créèrent leur propre imprimerie photographique au 8, rue Garancière, à l'hôtel de Sourdéac, propriété d'Henri Plon, imprimeur de Napoléon III. Ils mirent alors sur pied un projet colossal qui s'inspirait de la Mission héliographique, les Reproductions photographiques des plus beaux types d'architecture et de sculpture d'après les monuments les plus remarquables de l'Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance. Une entreprise tout du long soutenue par les souscriptions de l'État. Fin décembre 1855, les frères s'associèrent avec Dollfus-Ausset, leur voisin de la rue Garancière, et ouvrirent un luxueux magasin au 35, boulevard des Capucines, sous l'enseigne Dépôt général de photographie.
La chemise qui s'intitulait Vues pittoresques. Localités diverses en venait. Elle contenait leurs premières photographies de Paris : l'Hôtel de Ville et le pont d'Arcole, Saint-Étienne-du-Mont, Notre-Dame, ainsi que la bibliothèque du Louvre. Les Bisson étaient particulièrement fiers de cette vue, dont une variante devait paraître dans les premières livraisons des Plus beaux types d'architecture et qui allait être exposée à l'Académie des sciences en juin 1854 et à l'Exposition universelle de 1855. "À notre avis, de toutes les vues de monuments exposées par MM. Bisson frères (et qui ont un mérite incontestable comme finesse de détails et netteté de dessin), la plus complète est celle de la bibliothèque du Louvre. Il est impossible de reproduire avec plus de vigueur, de relief et de vérité les riches ornementations de cette brillante architecture. C'est une merveilleuse page qui prouve plus en faveur de la photographie que tout ce que l'on pourrait en dire." En cours d'exposition, on ajouta des vues de l'Oberland bernois.
La chemise en contenait quatorze, qui furent prises à l'occasion du tremblement de terre des 25 et 26 juillet 1855, notamment la vue du village de Stalden ravagé. "Toutes, parfaitement réussies, donnent une idée exacte des accidents survenus au moment des convulsions du sol et des traces déplorables qu'ils ont laissées. Ces épreuves n'ont pas seulement un grand intérêt au point de vue de la science, elles ont encore comme œuvres d'art un mérite incontestable, ce sont de charmants tableaux d'un effet pittoresque et d'une grande beauté de détails." Les Bisson avaient montré leurs vues à l'Académie des sciences. Ils avaient profité de l'événement pour faire des paysages : village pittoresque de Saint-Nicolas, chalets et front de sapins, et surtout les chutes du Giessbach, du Staubach et du Reichenbach. Et, accompagnés de Dollfus-Ausset, qui était passionné de glaciers, ils s'en étaient allés au Fuister-Aar et Lauter-Aar. Tout cela illustrerait leur série sur la Suisse. Ils iraient au mont Blanc.
On voyait aussi la reproduction d'une peinture de Guet, un retour de Crimée, photographiée par Bayard. Sans doute doit-on la reclasser dans la seconde chemise que donna l'impératrice, intitulée Reproduction d'anciennes peintures : des photographies de gravures de l'école flamande de Wille prises par le comte Olympe Aguado et données en 1855 à la Société française de photographie, des gravures de Gérard Down par Bayard et Renard vues à l'Exposition universelle. Les Bisson reproduisaient en effet des œuvres d'art, Rembrandt et Dürer par exemple, et diffusaient la production des photographes qui leur confiaient leurs épreuves.
Ces chemises semblent bien avoir été ramenées par le couple impérial lors de sa visite au magasin des Bisson le 29 décembre 1856. L'année suivante, ils reçurent le titre de "Photographes de l'empereur".
M.-C. S.-G.