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5. Mont Blanc vu de Chamonix

Album Haute-Savoie. Le mont Blanc et ses glaciers. Souvenir du voyage de LL. MM. l’empereur et l’impératrice, par MM. Bisson frères photographes de Sa Majesté l’empereur.
5. Mont Blanc vu de Chamonix
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La rupture des frères Bisson avec Dollfus-Ausset, leur associé du Dépôt général de photographies, n’avait pas mis fin aux courses photographiques d’Auguste-Rosalie dans la montagne. Le goût en était pris, et les dettes poussaient encore à persévérer dans cette entreprise, certes très onéreuse, mais dont la réputation d’extrême difficulté et de sérieux scientifique assurait la publicité des frères Bisson, très estimés de l’Académie. Ces vues, en effet, étaient composées et exécutées au point de vue de l’étude des montagnes et des glaciers. Mais les esthètes les appréciaient aussi.
L’ascension au sommet du mont Blanc de l’été 1858 avait dû s’interrompre au Courtil, mais la moisson de photographies fut si impressionnante que Lacan s’inclina longuement dans La Lumière du 2 avril 1859 : « La richesse des détails, la beauté des lignes, le choix intelligent des effets de lumière, la vérité de la perspective aérienne, si difficile à rendre en photographie, mettent ces épreuves au rang des plus complètes qui aient été produites. Les personnes initiées aux difficultés de l’art apprécieront surtout l’habileté avec laquelle l’auteur a su se rendre maître de celles qui naissent de la violence des contrastes dans un pareil sujet, où les tons passent, sans transition, de l’éclat éblouissant de la neige à la teinte brune des rochers, si ce n’est au vert sombre des sapinières. » On pouvait voir, l’hiver suivant l’expédition, certaines épreuves exposées à la Société française de photographie et l’auteur avait eu « l’heureuse idée de reproduire chaque planche dans un format plus petit, de façon à former un album destiné aux voyageurs et aux artistes ». Cette idée s’affina lors de l’ascension de l’été 1860, quand Auguste-Rosalie proposa au voyageur de souscrire à un époustouflant album souvenir où, avec son portrait, seraient inscrits « ses exploits aventureux, dans la forme d’un acte artistique transmissible à sa postérité la plus éloignée ». Douze ou vingt-quatre planches étaient proposées selon le but atteint.
C’est ainsi que les souverains eurent l’avantage de poser avec toute leur suite et prirent, en quelque sorte, possession de la nouvelle frontière lors de leur excursion du 3 septembre 1860 à la mer de Glace, un des sommets de leur voyage dans les provinces de Savoie et de Nice tout juste arrachées à Victor-Emmanuel II. Cette photographie ne se trouve pas dans les sept exemplaires très semblables que l’on connaît de l’album souvenir annoncé le 23 mars 1861 par L’Illustration. On compte notamment parmi les possesseurs de cet album Victor-Emmanuel II, Viollet-le-Duc et sûrement Davanne. On doit y ajouter Napoléon III, même si son exemplaire n’a pas été retrouvé, puisque, en juin 1866, lors d’une demande de souscription pour ses vues d’Italie auprès du ministre de la Maison de l’empereur, Auguste-Rosalie rappelle que le souverain a bien voulu accepter son album. L’État souscrivit pour trois exemplaires, dont celui de la bibliothèque du palais de Fontainebleau. On y reconnaissait les sites décrits par Lacan en 1859, le glacier des Bois aperçu au cours de la montée, le mont Blanc couronné de nuages sous la bourrasque, vu de Planpraz, l’aiguille Verte, la mer de Glace vue de Flégère, les Grandes Jorasses et le Tagul, vus de Montenvers, l’aiguille des Charmoz ennuagée, vue du Chapeau, d’où le regard plongeait sur la vallée de Chamonix, et enfin le mont Blanc vu du jardin. Cette dernière vue et celle de l’aiguille du Midi avaient été exposées à la Société française de photographie. Les autres sites avaient dû être photographiés plus tard. Il y avait une « pyramide de l’Impératrice » à la mer de Glace où la souveraine avait grimpé au sommet d’une des vagues les plus élevées, et si aiguë que l’empereur n’avait pu s’y placer.
M.-C. S.-G.

© Biliothèque nationale de France

  • Date
    1859-1860
  • Auteur(es)
    Bisson frères. Louis-Auguste (1814-1876) et Auguste-Rosalie (1826-1900)
  • Description technique
    Paris, 8 rue Garancière, près Saint-Sulpice, (Paris, typographie de Henri Plon, imprimeur de l’empereur, rue Garancière, 8)
    [2] f.-24 f. de pl. 24 épreuves sur papier albuminé à partir de négatifs sur verre au collodion ; environ 30 x 44 cm ; cachet sec circulaire « FBF » sur l’épreuve (coin bas gauche). En dessous, le carton de montage porte le timbre humide rouge de la signature « Bisson frères » (à droite) et celui de la numérotation (à gauche). Au verso de la page de titre, table des planches.
    1858-1860
    Demi-reliure, maroquin vert, dos frappé du chiffre de Napoléon III et portant le titre « Bisson. Haute-Savoie »
    Attribution de la bibliothèque du Louvre à la bibliothèque du palais de Fontainebleau (23 octobre 1861) ; ancien D 149 / 5
  • Provenance

    Dépôt du château de Fontainebleau, Fb 21312

  • Lien permanent
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