Léon Méhédin (1828-1905)
"Sébastopol. L'église du cimetière. Le cimetière de Sébastopol, comme l'atteste le désordre des tombes du premier plan, fut le théâtre d'une affaire sanglante. L'église a servi de campement à nos troupes, et est complètement enfumée de l'intérieur." planche VII
1855-1856
Album Galerie historique du règne de Napoléon III. Sébastopol
Sur le dos de la reliure : "Expédition de Crimée. 1855. Léon Méhédin. 1 volume"
19 tirages sur papier albuminé à partir de négatifs sur papier ciré. Légendes imprimées. Signature manuscrite dans le négatif ou à l'encre noire sur le tirage
Reliure en toile noire portant le titre en lettres d'or sur le plat supérieur
Cachets "Bibliothèque Palais-Compiègne" et "Bibliothèque de l'impératrice" ; n d'inventaire 1582 barré, 1634 ; don du ministère de l'Instruction publique (9 janvier 1890, n 55586, provenance de l'ancienne bibliothèque de Compiègne)
Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie, Qe 35c folio Réserve

En février 1855, Méhédin avait soumis à Napoléon III un modèle de baraque de campement militaire qui avait été refusé. Fervent de l'empereur, il avait maintenant cette chance de partir avec Langlois pour Sébastopol.
"Grand fut son étonnement quand je le conduisis à Malakoff. Ces ravins profonds qu'il avait fallu traverser, la terre couverte de boulets et d'éclats de bombes et d'obus, nos tranchées mais surtout les travaux de Malakoff bouleversés comme par un tremblement de terre lui donnaient le vertige et il n'y voyait que du feu, comme disent les soldats, et surtout il n'y comprenait rien. Mais lorsque de là il put découvrir la ville avec les monuments, les forts en ruines, il la trouva superbe et remplie de vues charmantes et très variées. Cependant je lui faisais comprendre ce chaos apparent, comment on pourrait le rendre en panorama, ce qui serait nature et là où elle se réunirait à la peinture."
Langlois découvrit bientôt que son associé, Méhédin, comptait faire une œuvre personnelle et des publications. Des promesses avaient été faites à divers architectes et son maître Le Gray avait demandé des photographies de la forteresse. Nul n'avait le droit de voir et faire des vues des fortifications sans la permission de l'empereur ou du ministre et Langlois, lui-même, n'avait eu cette autorisation que dans un projet précis. Le colonel trouvait amer que son expédition si coûteuse profite à des gens qui n'avaient rien déboursé, aussi proposa-t-il à Méhédin de faire un ouvrage avec lui. Une enquête, menée à Paris chez Goupil et Bisson pour déterminer l'à-propos de telles publications et éviter les redites, fit savoir que Fenton et Robertson occupaient déjà le marché. Un accord fut trouvé avec Le Gray qui, finalement, sépara l'œuvre militaire de l'œuvre pittoresque, protégeant ainsi Langlois de tout pillage.
Son travail pour le panorama achevé, Méhédin pourrait photographier tout ce qu'il voulait de la ville, sa bibliothèque, son théâtre, ses églises, ses promenades, ses chantiers de la marine et ses casernes. Il fallait se dépêcher pour arracher les bâtiments aux démolitions programmées, aussi le travail de Méhédin empiétait-il sur celui qu'il devait à Langlois. Il y avait beaucoup de ruines.
À son retour, il offrit une collection de photographies au maréchal Vaillant, ministre de la Guerre, montrant par là qu'il jouissait des faveurs du gouvernement autant que Langlois et que son statut d'artiste lui donnait un rang égal à celui du colonel, lequel avait osé lui reprocher d'avoir montré ses vues au maréchal Pélissier. Le ministre apprécia ses vues historiques, qui iraient orner les salons.
Encouragé alors à présenter une collection à l'empereur, sans doute l'album de la bibliothèque de l'impératrice, il conçut une Galerie historique du règne de Napoléon III., dont l'expédition de Crimée était le premier volume et où, maintenant historien du prince, il prenait soin de commenter chaque vue. Un graffiti sur la tour Malakoff, où les instruments photographiques étaient conservés dans un petit cabanon, fut retouché sur le négatif pour le rendre plus lisible : on avait écrit "Vive l'empereur".
M.-C. S.-G.