Jean-Marie Taupenot
Planche XXII : "Cabinet de physique. Salle de l'amphithéâtre"
1854-1855
Album Prytanée impérial militaire
35 épreuves sur papier salé d'après négatif sur verre au collodion sec
Environ 21 x 15 cm
Reliure en maroquin estampé à froid. Titre en lettres d'or
Dédicace, lettre de dédicace et légendes des planches calligraphiées à l'encre noire
Collection Prytanée national militaire, La Flèche
Dédicace, f. 1 : "À Sa Majesté l'empereur Napoléon III. Le Prytanée impérial militaire reconnaissant"
Lettre de dédicace, f. 2 : "Sire, Le Prytanée impérial militaire, réorganisé sous votre haute impulsion, espère que Votre Majesté daignera un jour juger par elle-même si on a su comprendre et réaliser ses vues. Grâce à l'un des arts merveilleux, l'honneur de notre siècle, il peut, devançant cette visite bien désirée, venir s'offrir en hommage de reconnaissance
Puisse Votre Majesté, appréciant mieux que par une simple description les ressources et l'importance du Prytanée, s'applaudir de sa sollicitude pour une maison où tant de jeunes enfants travaillent à se rendre dignes de la France et apprennent à bénir chaque jour le nom de son sauveur, à chérir et vénérer l'empereur Napoléon III."
© La Flèche, Prytanée national militaire

Le critique Ernest Lacan, rendant compte de la section de photographie de l'Exposition universelle de 1855, s'étend longuement sur l'invention capitale d'un jeune provincial inconnu :
"M. Taupenot est professeur de chimie au Prytanée impérial de La Flèche. Il s'occupe depuis longtemps de photographie dans les moments de loisir que lui laissent ses études et ses leçons. Habitué aux manipulations chimiques, il s'est attaché à améliorer les procédés par de nombreuses expériences. C'est ainsi que tout récemment il a pu faire connaître une méthode qui a produit une vive sensation parmi les photographes.
[...]. Le verre collodionné, qui donne d'excellents résultats lorsqu'on opère immédiatement après la préparation de la plaque, perd rapidement ses qualités par l'évaporation de l'éther du collodion, ce qui présente de grands inconvénients pour la reproduction des monuments et du paysage. Aussi employait-on généralement en pareil cas le verre albuminé ou le papier ciré. M. Taupenot a eu l'idée de recouvrir le verre collodionné et sensibilisé d'une légère couche d'albumine qu'il traite comme à l'ordinaire. Par ce moyen, il réunit les avantages des deux méthodes. C'est ainsi qu'il a pu obtenir des intérieurs à la représentation desquels il eût fallu renoncer par manque de lumière et par suite de la longueur de la pose.
Les spécimens exposés par M. Taupenot présentent tous quelque difficulté vaincue. La Procession dans le parc du Prytanée, Le Jeu de boules, Le Gymnase, [...] montrent la rapidité de l'opération. Les vues de La Chapelle, de La Bibliothèque et du Laboratoire prouvent que l'on peut réussir dans les plus mauvaises conditions de lumière."
En même temps que Taupenot présentait au public de l'Exposition ses essais au collodion albuminé sec, il se rendait à la Société française de photographie, fondée l'année précédente, pour présenter sa manière d'opérer et offrir quelques épreuves. Cette amélioration du négatif sur verre au collodion, permettant de dissocier la préparation des plaques (qui pouvait désormais être faite plusieurs semaines à l'avance) et la prise de vue, mais aussi de réussir des vues d'intérieur avec de longues poses, enthousiasma les membres de la Société. Hippolyte Bayard, Adolphe Humbert de Molard et Edmond Fierlants en particulier furent chargés d'en faire des essais.
Bayle-Mouillard, rapporteur de ces expériences et de cet événement dans le Bulletin de la Société, en septembre 1855, conclut après avoir exposé les avantages sans contrepartie de la nouvelle méthode : "On comprendra maintenant sans peine que la communication de M. Taupenot lui ait mérité l'approbation de l'Académie des sciences, qu'elle ait excité l'attention de l'empereur, et que, par une faveur exceptionnelle, il ait été autorisé, bien après la clôture des admissions, à exposer ses épreuves dans la salle du palais de l'Industrie réservée aux œuvres les plus remarquables." Cette faveur fut sans doute consécutive au cadeau fait au souverain : "M. Taupenot ne présente pas seulement quelques rares épreuves ; il a pu mettre sous les yeux de l'empereur tout un grand album fait en quelques mois et reproduisant sous tous les aspects et dans tous ses détails le Prytanée militaire et ses environs." La dédicace à l'empereur, pourtant, ne mentionne pas l'importance de cette invention et se contente modestement de souligner la possibilité d'anticiper, grâce à la photographie, une visite du Prytanée.
Cet album offert à l'empereur, vraisemblablement conservé à la bibliothèque du Louvre, se retrouva sur le marché parisien longtemps après la chute du Second Empire. Il put alors être racheté par un ancien élève et rejoindre l'exemplaire personnel de Taupenot déjà conservé au Prytanée.
S. A.