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Études de feuilles. Groupe sur fond tulle.

Au point de vue industriel, le fond indique par son dessin les nécessités de la fabrication ; par la façon dont il est drapé, il habitue à poser l’étoffe souple. Le groupe de feuilles indique l’art de faire ressortir les finesses des détails en leur trouvant des oppositions.
Études de feuilles. Groupe sur fond tulle.
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Ce portefeuille de trente planches de Charles Aubry a été acquis tardivement (en 1972) par la Bibliothèque nationale auprès d’un particulier. Comme l’album de Taupenot, il s’agit sans doute d’un objet qui a échappé, grâce à des vicissitudes inconnues, à l’incendie des Tuileries durant la Commune. Bien qu’il n’ait jamais été relié, le bon état des œuvres atteste qu’il fut sans doute conservé dans un portefeuille aujourd’hui perdu. Considérant le soin de la présentation, de la calligraphie, du tirage des négatifs, il est difficile d’imaginer que le photographe ait renoncé à l’offrir après l’avoir si coûteusement confectionné.
Il ne s’agit dans ce cas ni d’une souscription ni d’une commande préalable : En se référant aux cinq médailles d’or données à des étudiants par l’impératrice [au nom du prince impérial] à l’Exposition des beaux-arts appliqués à l’industrie en 1863, Aubry présentait ses modèles au jeune prince comme une alternative aux gravures et aux ternes lithographies qui servaient alors aux cours de dessin. Habile stratégie que de faire un cadeau à la famille impériale au moment où l’enseignement du dessin était remis en cause et où des milliers de francs pouvaient être amassés par une entreprise offrant des modèles meilleurs. Elle se révéla payante à court terme seulement : Aubry fut décoré par l’empereur d’une médaille (qu’il immortalisa par un timbre sec), mais la commande tant espérée de photographies pour les cours de dessin dans toute la France ne vint pas.
Aubry est une figure originale de la photographie dont on connaît mieux les œuvres que la vie, même si le contexte dans lequel il a travaillé est bien cerné par les études que lui a consacrées Anne McCauley.
Lorsqu’il adressa ce cadeau au jeune prince, il venait de quitter sa profession de dessinateur de modèles pour tapis, papiers peints et tissus, afin de s’installer comme photographe dans un atelier rue de la Reine-Blanche à Paris, juste à côté de la manufacture des Gobelins. Il avait en effet fondé en janvier 1864 une société de moulage et de photographie. « En 1864, si l’on se réfère à la numérotation des photographies parvenues jusqu’à nous, Aubry produisit plus de cent quarante et un négatifs allant de l’image d’une simple rose dans un verre de cristal à celle d’une nature morte très élaborée avec un crâne et des digitales. »
Malgré le contexte très favorable, la fortune ne vint pas assez rapidement et Aubry dut se déclarer en faillite dès janvier 1865. Il continua néanmoins à travailler pour payer ses créanciers.
Recherchant toujours l’appui de l’empereur et de l’État, il écrivit en décembre 1866 à Vaillant, ministre de la Maison de l’empereur et des Beaux-Arts, pour demander l’autorisation de photographier la collection de tapisseries se trouvant aux Gobelins afin de « compléter utilement un ouvrage destiné aux artistes industriels comme études et renseignements, ouvrage qui sera terminé pour l’exposition de 1867 ». Il ajoutait des lettres de recommandation de l’empereur et du ministre de l’Instruction publique Victor Duruy. Une note anonyme en marge du dossier juge le projet réalisable : il serait utile d’« offrir au public ces moyens d’étude, au moment surtout où l’on s’efforce d’encourager les progrès de l’art industriel » ; mais le soin de trancher est laissé à l’impératrice. Le 28 décembre le projet fut approuvé et le 4 février 1867, Aubry remercia le ministère de son aide pour la réalisation de l’album. On n’a jamais retrouvé trace de ces photographies de tapisseries, mais Aubry exposa « un groupe de plâtres et de photographies d’objets d’art » dans la section de l’Exposition universelle de 1867 dévolue à l’« Application du dessin et de la plastique aux arts usuels »...
Aubry, malgré un échec relatif, parvient à vivre en vendant quelques épreuves à des particuliers et à quelques établissements comme la manufacture des Gobelins, le musée des Arts décoratifs, les usines textiles de Mulhouse, la section de l’argenterie de la firme américaine Tiffany.

© Biliothèque nationale de France

  • Date
    1864
  • Auteur(es)
    Charles-Hippolyte Aubry (1811-1877)
  • Description technique
    Album Études de feuilles, 1re série
    30 épreuves sur papier albuminé d’après négatif sur verre au collodion
    Dédicace au prince impérial, fils de Napoléon III
    Légendes calligraphiées en regard des épreuves
    Timbre humide bleu sur les montages : "Ch. Aubry photographie. C. A. 8, rue de la Reine Blanche"
    Acquisition 1972
  • Provenance

    Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie, Eo 69 a grand folio

  • Lien permanent
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