Pierre-Ambroise Richebourg (1810-1875)
"Intérieur de la bibliothèque de la maison pompéienne du prince Napoléon, avenue Montaigne"
1866
Album Vues de la maison pompéienne du prince Napoléon, 1865
11 épreuves sur papier albuminé d'après négatif sur verre au collodion
Légendes manuscrites de l'auteur
Dépôt légal 1866
Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie, Eo 28 folio tome II

La maison pompéienne rêvée pour la comédienne Rachel par le prince Napoléon-Joseph (1822-1891), cousin germain de Napoléon III et frère de la princesse Mathilde, fut élevée entre 1855 et 1860 avenue Montaigne, à l'emplacement du pavillon des beaux-arts de l'Exposition universelle de 1855. La réalisation, confiée d'abord à Hittorff puis à Rougevin, revint, sur la suggestion d'Hittorff, à Alfred-Nicolas Normand à partir de février 1856. Le gros œuvre fut achevé en 1858. Les décors intérieurs furent également réalisés par Normand avec l'aide de l'ornemaniste Charles Rossigneux, qui s'inspira d'œuvres de différents musées européens. "M. Rossigneux est parvenu, en suivant les indications du prince, à créer un mobilier complet d'un style neuf et sévère, parfaitement approprié à nos usages, tel enfin que les Romains l'auraient compris s'ils avaient vécu plus longtemps chez nous." Les décors peints sur toile marouflée furent confiés au très officiel Sébastien Cornu et à Gérôme. Le prince Napoléon plaça également dans la maison sa collection de tableaux et d'antiquités égyptiennes. En 1862 s'y ajoutèrent les pièces d'orfèvrerie d'un service à dessert réalisé par Christofle sur des dessins de Jules Diéterle. L'ensemble, alors complet, correspond exactement au goût pour l'Antiquité ravivé par les œuvres de Chassériau, Ingres, Gérôme, et par la présentation de la collection Campana au palais de l'Industrie la même année.
"Le décor fourni par Normand au prince et à ses amis était une copie très libre d'une demeure pompéienne, dans le genre de la villa de Diomède, de la maison de Pansa ou de celle du Poète tragique, dans lesquelles les pièces principales s'ouvraient sur un atrium complet, avec son impluvium et son compluvium. Les murs étaient décorés dans le troisième style illusionniste de Pompéi, d'une suite de groupes symbolistes peints sur les panneaux par Sébastien Cornu. Des bustes de la famille Bonaparte entouraient le bassin et une statue de Napoléon 1er faisait face à la porte d'entrée [...]. Les couleurs étaient chaudes (le rouge et le noir prédominaient sur les murs) ; l'ornementation, lourde et contournée - tout était intense dans cette demeure minuscule."
Après son inauguration en février 1860 par des fêtes à l'antique en présence de l'empereur, de l'impératrice et de la cour, la maison resta pendant quelques années l'objet de la curiosité publique. Si l'édifice pouvait ravir l'esthète et le grand amateur d'art qu'était sans conteste le prince Napoléon-Joseph, les circonstances firent que ni l'un ni l'autre n'eurent le destin auquel ils auraient pu prétendre. La mort de Rachel en janvier 1858 avait déjà porté un coup à la destination initiale du lieu. Le mariage politique du prince en 1859 avec la jeune Clotilde de Savoie, catholique fervente, l'empêcha d'habiter cette folie inspirée par sa maîtresse : il résida toujours au Palais-Royal, se contentant d'organiser avenue Montaigne des fêtes ou des soirées plus intimes. Enfin les relations toujours fluctuantes avec l'empereur se dégradèrent au point que le prince quitta la France pour sa résidence suisse de Prangins en 1865. Il se décida alors à vendre la maison.
On connaît des séries de photographies réalisées pendant la période couvrant les années 1863 à 1865. Bingham, Godefroy, Laplanche et Richebourg reproduisent l'extérieur, le jardin et les dépendances mais surtout l'intérieur de la construction. Les vues de Laplanche sont les plus nombreuses, mais par leur dimension et leur technique celles de Richebourg rendent bien mieux justice à la singularité du lieu. Elles se situent dans la lignée de ses autres ensembles concernant le Luxembourg ou l'Élysée.
À la suite de sa vente en mars 1866 à un groupe d'acheteurs, dont Arsène Houssaye, le palais devint pour quelques mois un musée. Houssaye et Gautier, hôtes assidus du prince en ce lieu, en écrivirent le guide. Cette circonstance offrait sans doute un débouché possible aux photographies, mais il n'existe qu'un album de vingt et une photographies avec un titre calligraphié. On peut en tout cas penser que ces photographies circulèrent au moins parmi les familiers du salon de la princesse Mathilde.