Léon Méhédin (1828-1905)
Dezensano. Canonnières françaises en chantier sur le lac de Garde
Album Campagne d'Italie, 1859.
Reliure de toile chagrinée verte portant le titre sur le plat supérieur
Format oblong, 38 x 55 cm, Vf 267 Pet. Fol. Réserve - A.11257
Signature "L.M. 12" sur le négatif
26,6 x 34,5 cm
Ancienne collection Georges Sirot, acquisition en 1955
Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie, G 72788
 
On connaît les péripéties de la campagne d'Italie de Léon Méhédin par son album autobiographique Souvenirs où, joignant le commentaire à ses archives, ses photographies ou celles des autres, il livrait son "destin" scellé par des documents authentiques. Un destin de dévotion sans faille à l'empereur qui le faisait maintenant, à la suite du succès de ses photographies de Crimée, se prendre pour le savant d'une nouvelle Description de l'Égypte "commencée sous les auspices de Napoléon Ier, continuée par ordre de Napoléon III". L'expédition d'Égypte, arrachée en 1858 au ministère des Beaux-Arts pour reproduire par la photographie les monuments et les sites les plus remarquables, fut interrompue par la victoire de Solférino du 24 juin 1859. "Il me parut important avant tout de continuer la galerie historique du règne de Napoléon III qui, plus tard, augmentée des travaux de la paix, formera certainement un ouvrage unique en son genre."
De sa propre initiative, il partit pour l'Italie le 1er juillet et le 11 rejoignit le quartier général de l'armée à Valeggio, où pour la première fois il fut reçu par l'empereur, quelques heures seulement, se vantait-il, après que fut signée la paix à Villafranca. Napoléon III le chargea de poursuivre en Italie ce qu'il avait commencé en Crimée et le nomma photographe attaché à l'état-major de l'empereur. Sa Majesté lui ayant indiqué le point le plus favorable pour prendre la photographie de la bataille de Solférino, il garda par la suite précieusement son esquisse autographe et le crayon qu'il avait utilisé. Une de ses photographies était particulièrement précieuse, la Vue à Valégio du choix de S. M. l'empereur, dite aussi Vue prise du vestibule de S. M. l'empereur car, s'approchant de la fenêtre d'où l'on voyait le château, Napoléon III lui avait demandé de prendre cette vue pour l'impératrice en souvenir de sa dernière étape. Il profita de l'entrevue pour demander de mettre sous le patronage de Napoléon III son futur ouvrage sur l'Égypte, dont l'introduction venait de paraître à Paris.
Le colonel Reille l'instruisit des détails sur la campagne et le général Martimprey lui procura voitures, chevaux et hommes. Il fallut aussi régulariser la situation de Méhédin, parti sans autorisation. Les six mille francs qui lui restaient à recevoir sur l'allocation accordée pour la mission en Orient furent appliqués à la mission italienne, dont le but était "la reproduction par la photographie des positions sur lesquelles se sont livrées les nouvelles batailles". Méhédin alla à Magenta, où la victoire décisive du 4 juin avait ouvert les portes de Milan : on voyait les ponts de Magenta et Buffalora, positions des ailes droite et gauche de l'armée, la station de chemin de fer enlevée par les Français à la fin des combats et le presbytère où avait résidé l'empereur le soir de la bataille. À Milan, Méhédin photographia la villa Bonaparte, où avait logé Napoléon III, à Villafranca, l'hôtel des Trois-Couronnes, où avait été signé l'armistice, ainsi que la maison où il avait été préparé. Et bien sûr il immortalisait le site de Solférino, un panorama pris de Cavriana. Le regard était peu militaire et bien sûr pittoresque, si ce n'est champêtre ! On ne voyait qu'une canonnière française sur les chantiers de Dezensano, sur le lac de Garde. Ce regard poétique, encore accentué par le velouté des tirages, faisait de la guerre une partie de campagne.
Aux Tuileries, Méhédin offrit à l'empereur le travail complet de la campagne d'Italie, une collection qui n'a pas été retrouvée. À cette occasion, il lui sembla "bien naturel d'y joindre comme complément indispensable l'album et les grandes vues de Crimée", priant Sa Majesté "de vouloir bien les mettre à côté des autres". Si l'empereur n'avait pas cru qu'il y avait déjà un photographe pour l'album de l'expédition de Chine, Méhédin aurait sûrement emporté cette mission. Felice Beato allait être seul en Chine.
M.-C. S.-G.