Comment Gargantua mangea en salade six pèlerins
Livre I, chapitre XXXVIII
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois de Paul Jonnard.
Fumé d'une gravure sur bois, 24,7 x 19,7 cm.
Épreuve d'essai d'une planche hors texte destinée à illustrer les Œuvres de François Rabelais illustrées par Gustave Doré.
Garnier (Paris), 1873, tome 1, p. 116-117.
BnF, département des Estampes et de la Photographie, DC-298 (J, 3) -FOL
© Bibliothèque nationale de France
« Gargantua se trouva quelque peu altéré, & demanda si l'on pourroit trouver des lectues pour faire une sallade. Et, entendant qu'il y en avoit des plus belles & grandes du pays, car elles estoient grandes comme pruniers ou noyers, y voulut aller luy mesmes, & en emporta en sa main ce que bon luy sembla ; ensemble emporta les six pelerins, lesquelz avoient si grand peur, qu'ilz n'osaient ny parler ny tousser.
Les lavant donc premièrement en la fontaine, les pelerins disoient en voix basse l'un à l'aultre : "Qu'est il de faire ? nous noyons ici entre ces lectues ; parlerons nous ? mais, si nous parlons, il nous tuera comme espies." Et, comme ilz deliberoient ainsi, Gargantua les mit avec ses lectues dedans un plat de la maison, grand comme la tonne de Cisteaux ; &, avec huile & vinaigre & sel, les mangeoit pour soy refraischir davant souper : & avoir ja engoullé cinq des pelerins ; le sixiesme estoit dedans le plat, caché sous une lectue, excepté son bourdon qui apparoissoit au dessus. Lequel voyant Grandgousier, dist à Gargantua : "Je croy que c'est là une corne de limasson, ne le mangez poinct. – Pourquoy ? dist Gargantua, ilz sont bon tout ce mois". Et, tirant le bourdon, ensemble enleva le pellerin & le mangeoit très bien. Puis beut un horrible traict de vin pineau, en attendant que l'on apprestast le souper. »
 
 

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