Londres, vue prise d’un chemin de fer par-dessus les toits
[Over London. By rail]
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Adolphe Pannemaker.
Fumé d'une planche hors texte publiée dans London, a Pilgrimage, by Gustave Doré, and Blanchard Jerrold, édition originale anglaise, Grant (London), 1872, p. 120.
Adaptation française, Londres, texte de Louis Énault, Louis Hachette (Paris), 1876.
BnF, département des Estampes et de la Photographie, DC-298 (H)-FOL
© Bibliothèque nationale de France
« A quelques milles au sud du pont de Londres, les districts […] où résident de nombreuses familles bourgeoises, nous rendent pour un moment la maison anglaise, dans la vérité de son type, c'est-à-dire nette, confortable et propre.
Nous venons de parler de la maison anglaise. Cette maison est citée, appréciée dans le monde entier ; ceux qui l'ont vue ne sauraient l'oublier, et elle a été tant de fois décrite que ceux-là mêmes la connaissent qui n'ont jamais voyagé en Angleterre. On dirait que chaque rue, chaque quartier, est l'œuvre d'un seul et même architecte, qui n'a voulu le doter que d'un seul genre de construction, et qui se plait à le tirer à des milliers d'exemplaires – avec une similitude si grande qu'il serait impossible, sans le secours du numéro de distinguer l'une de l'autre. A l'exception des quartiers aristocratiques, que nous nous sommes efforcés de décrire, c'est partout une médiocrité régulière, et une vulgarité uniforme qui auraient le privilège d'irriter singulièrement les yeux d'un peuple tant soit peu artiste.
Les anglais font plus que de s'en contenter : ils en sont fiers. Leur maison est pour eux la maison idéale. Cette maison n'a souvent qu'un seul étage ; parfois deux ; rarement trois. Pas de porte cochère : elle serait inutile, puisqu'on ne loge chez soi ni ses chevaux ni sa voiture. Un fossé, recouvert de barreaux, ou protégé par une grille, sépare la maison du trottoir assez large qui l'isole encore de la rue. Au fond de cette tranchée, parfois profonde de plusieurs mètres, on a ménagé la cuisine, l'office, le cellier, en un mot toutes les dépendances. C'est par là que descendent les provisions, sans jamais causer aux maîtres du logis ni trouble ni dérangement ; habitées le plus souvent par une seule famille, ce qui les préserve de cette plaie vive que on nomme le portier, ces maisons un peu étroites ne nous offrent que deux ou trois fenêtres de façade. […]
A ces traits communs, que nous retrouvons dans toutes les maisons de Londres, il faut ajouter encore un caractère propre de leur physionomie – la couleur. Cette couleur est, on peut le dire, la plus triste du monde. C'est un noir sale, laissé sur tous les édifices par la fine poussière de charbon qui s'échappe de ces milliers d'usines, et qui retombe partout, comme une pluie invisible et pénétrante. La teinte primitive des maisons disparaît sous cette sorte de lèpre, qui fait porter à tous les édifices comme une livrée de deuil uniforme. Quelle différence avec ces tons chauds, fauves et mordorés que, dans des pays plus heureux, le soleil donne à la pierre, pénétrée de lumière, qu'il embrase et colore, et qui semble garder éternellement comme un reflet de son éclat. » (Énault, p. 95)
 
 

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