« Les berneurs ne cessaient ni leur besogne, ni leurs éclats de rire. »
Tome I, chapitre XVII
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Héliodore Pisan.
Planche hors texte publiée dans L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes Saavedra avec les dessins de Gustave Doré.
Traduction de Louis Viardot, Hachette (Paris), 1863. Tome I, p. 112.
BnF, Réserve des livres rares, Smith Lesouëf R-6275
© Bibliothèque nationale de France
« Les cris que poussait le malheureux berné étaient si perçants, qu'ils arrivèrent jusqu'aux oreilles de son maître, lequel, s'arrêtant pour écouter avec attention, crut d'abord qu'il lui arrivait quelque nouvelle aventure ; mais il reconnut bientôt que c'était son écuyer qui jetait ces cris affreux. Tournant bride aussitôt, il revint de tout le pesant galop de son cheval à l'hôtellerie, et, la trouvant fermée, il en fit le tour pour voir s'il ne rencontrerait pas quelque passage. Mais il ne fut pas plutôt arrivé devant les murs de la cour, qui n'étaient pas fort élevés, qu'il aperçut le mauvais jeu qu'on faisait jouer à son écuyer. Il le vit monter et descendre à travers les airs, avec tant de grâce et d'agilité, que, si la colère ne l'eût suffoqué, je suis sûr qu'il aurait éclaté de rire. Il essaya de grimper de son cheval sur le mur ; mais il était si moulu et si harassé, qu'il ne put pas seulement mettre pied à terre. Ainsi, du haut de son cheval, il commença à proférer tant d'injures et de défis à ceux qui bernaient Sancho, qu'il n'est pas possible de parvenir à les rapporter. Mais, en dépit des malédictions, les berneurs ne cessaient ni leur besogne ni leurs éclats de rire, et le voltigeur Sancho ne cessait pas non plus ses lamentations, qu'il entremêlait tantôt de menaces et tantôt de prières ; rien n'y faisait, et rien n'y fit, jusqu'à ce qu'ils l'eussent laissé de pure lassitude. »
 
 

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