« Ce doit être le même cheval de bois sur lequel le vaillant Pierre de Provence enleva la jolie Magalone. »
Tome II, chapitre XL
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Héliodore Pisan.
Gravure sur bois, 12,8 x 18,9 cm
Fumé d'une vignette publiée dans L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes Saavedra avec les dessins de Gustave Doré.
Traduction de Louis Viardot, Hachette (Paris), 1863. Tome II, p. 260.
BnF, Réserve des livres rares, Smith Lesouëf R-6275
© Bibliothèque nationale de France
« Il faut savoir également que Malambruno me dit qu'à l'instant où le sort me ferait rencontrer le chevalier notre libérateur, il lui enverrait une monture un peu meilleure et moins rétive que les bêtes de retour, car ce doit être le même cheval de bois sur lequel le vaillant Pierre de Provence enleva la jolie Magalone. Ce cheval se dirige au moyen d'une cheville qu'il a dans le front et qui lui sert de mors, et il vole à travers les airs avec une telle rapidité, qu'on dirait que les diables l'emportent. Cedit cheval, suivant l'antique tradition, fut fabriqué par le sage Merlin. Il le prêta au comte Pierre, qui était son ami, et qui fit avec lui de grands voyages ; entre autres, il enleva, comme on l'a dit, la jolie Magalone, la menant en croupe par les airs, et laissant ébahis tous ceux qui, de la terre, les regardaient passer. Merlin ne le prêtait qu'à ceux qu'il aimait bien, ou qui le payaient mieux ; et, depuis le fameux Pierre jusqu'à nos jours, nous ne sachions pas que personne l'eût monté. Malambruno l'a tiré de là par la puissance de son art magique, et il le tient en son pouvoir. C'est de lui qu'il se sert pour les voyages qu'il fait à chaque instant en diverses parties du monde. Aujourd'hui il est ici, demain en France, et vingt-quatre heures après, au Potosi. Ce qu'il y a de bien, c'est que ce cheval ne mange pas, ne dort pas, n'use point de fers, et qu'il marche l'amble au milieu des airs, sans avoir d'ailes ; au point que celui qu'il porte peut tenir à la main un verre plein d'eau, sans en répandre une goutte, tant il chemine doucement et posément ; c'est pour cela que la jolie Magalone se réjouissait tant d'aller à cheval sur son dos. »
 
 

> partager
 
 

> texte intégral sur Gallica
> l'image sur Gallica : page1, page2
 
 
 

 
> copier l'aperçu