« Là se termine le chant de l'amoureuse Altisidore. »
Tome II, chapitre XLIV
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Héliodore Pisan.
Gravure sur bois, 24,7 x 19,9 cm
Fumé d'une planche hors texte publiée dans L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes Saavedra avec les dessins de Gustave Doré.
Traduction de Louis Viardot, Hachette (Paris), 1863. Tome II, p. 292.
BnF, Réserve des livres rares, Smith Lesouëf R-6275
© Bibliothèque nationale de France
« Là se termine le chant de l'amoureuse Altisidore, et commença l'épouvante du courtisé don Quichotte ; lequel, jetant un grand soupir, se dit à lui-même : "Faut-il que je sois si malheureux errant qu'il n'y ait pas une fille, pour peu qu'elle me voie, qui ne s'amourache de moi ! Faut-il que la sans pareille Dulcinée soit si peu chanceuse, qu'on ne la laisse pas jouir en paix et à l'aise de mon incroyable fidélité ! Que lui voulez-vous, reines ? Que lui demandez-vous, impératrices ? Qu'avez-vous à la poursuivre, jeunes filles de quatorze à quinze ans ?
Laissez, laissez-la, misérables ; souffrez qu'elle triomphe et s'enorgueillisse du destin que lui fit l'amour en rendant mon cœur son vassal et en lui livrant les clefs de mon âme. Prenez garde, ô troupe amoureuse, que je suis pour la seule Dulcinée de cire et de pâte molle ; pour toutes les autres, de pierre et de bronze. Pour elle, je suis doux comme miel ; pour vous, amer comme chicotin. Pour moi, Dulcinée est la seule belle, la seule discrète, la seule pudique et la seule bien née ; toutes les autres sont laides, sottes, dévergondées et de basse origine. C'est pour être à elle, et non à nulle autre, que la nature m'a jeté dans ce monde. Qu'Altisidore pleure ou chante, que madame se désespère, j'entends celle pour qui l'on me gourma si bien dans le château du More enchanté ; c'est à Dulcinée que je dois appartenir, bouilli ou rôti ; c'est pour elle que je dois rester pur, honnête et courtois, en dépit de toutes les sorcelleries de la terre. "
A ces mots, il ferma brusquement la fenêtre ; puis, plein de dépit et d'affliction, comme s'il lui fût arrivé quelque grand malheur, il retourna se mettre au lit, où nous le laisserons, quant à présent. »
 
 

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