« Comment diable puis-je marcher, malheureux que je suis ! »
Tome II, chapitre LIII
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Héliodore Pisan.
Gravure sur bois, 24,8 x 19,8 cm
Fumé d'une planche hors texte publiée dans L'ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche de Miguel de Cervantes Saavedra avec les dessins de Gustave Doré.
Traduction de Louis Viardot, Hachette (Paris), 1863. Tome II, p. 354.
BnF, Réserve des livres rares, Smith Lesouëf R-6275
© Bibliothèque nationale de France
« Aussitôt on apporta deux pavois, ou grands boucliers, dont ces gens étaient pourvus, et on lui attacha sur sa chemise, sans lui laisser prendre aucun autre vêtement, un pavois devant et l'autre derrière. On lui fit passer les bras par des ouvertures qui avaient été pratiquées, et on le lia vigoureusement avec des cordes, de façon qu'il resta claquemuré entre deux planches, droit comme un fuseau, sans pouvoir plier les genoux ni se mouvoir d'un pas. On lui mit dans les mains une lance, sur laquelle il s'appuya pour pouvoir se tenir debout.
Quand il fut arrangé de la sorte, on lui dit de marcher devant, pour guider et animer tout le monde, et que, tant qu'on l'aurait pour boussole, pour étoile et pour lanterne, les affaires iraient à bonne fin.
Comment diable puis-je marcher, malheureux que je suis, répondit Sancho, si je ne peux seulement jouer des rotules, empêtré par ces planches qui sont si bien cousues à mes chairs ? Ce qu'il faut faire, c'est de m'emporter à bras, et de me placer de travers ou debout à quelque poterne ; je la garderai avec cette lance ou avec mon corps. »
 
 

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