Les Saltimbanques
Dit aussi L’Enfant blessé ou La victime
Gustave Doré (1832-1883), 1874.
Huile sur toile, 224,79 × 184,15 cm
Clermont-Ferrand, Musée d’art Roger-Quillot
© Ville de Clermont-Ferrand ̶ Musée d'art Roger-Quilliot
De par la teneur émotionnelle du drame représenté, la façon dont Doré aborde le thème des saltimbanques diffère de celle de ses contemporains. Dans cette peinture d’abord intitulée La Victime, un petit acrobate est tombé lors d’un numéro d’équilibriste et s’est gravement blessé. Le calme domine la scène, mais la douleur et le désespoir n’en sont pas moins palpables. Doré s’intéresse ici à l’enfant blessé et non au thème plus vaste de la misère des saltimbanques parisiens et des artistes de cirque ou encore à leur place dans la société. [...] Lorsqu’on l’interrogeait au sujet de cette œuvre, il racontait : « Il se meurt. J’ai voulu dépeindre une prise de conscience tardive chez ces deux êtres endurcis, presque brutaux. Pour gagner de l’argent, ils ont tué leur enfant et en le tuant, ils ont découvert qu’ils avaient un cœur. » [...]
L’acrobate en tant que victime est un thème clé pour comprendre la peinture de Doré. Connu pour sa nature juvénile et ses talents de gymnaste, l’artiste s’identifiait très probablement à l’enfant acrobate. [...] D’après Roosevelt, Doré se voyait comme une victime de sa peinture, cette dernière constituant à ses yeux le désespoir de sa vie. Il était aussi étouffé par une mère autoritaire et, bien qu’elle fût son plus fervent soutien, dut souffrir du contrôle qu’elle exerçait sur lui, victime des ambitions maternelles, comme des siennes propres. Enfin, Doré fut victime de son plus grand amour, la chanteuse d’opéra Adelina Patti qui, en en épousant un autre en 1868, lui brisa le cœur. [...] Les Saltimbanques est aussi une évocation poignante des sentiments de compassion et de charité, une méditation sur la condition humaine et sur une rédemption possible. Malgré un thème laïc, il constitue sans doute l’une des œuvres religieuses les plus mémorables de l’artiste, qui pensait encore intituler cette œuvre Agonie et l’exposer au Salon en 1874 juste en face de ses Martyrs chrétiens.
D'après Erika Dolphin
 
 

> partager
 
 
 

 
> copier l'aperçu