Jupiter et le passageer
Livre neuvième, fable XIII
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Henri-Théophile Hildibrand.
Planche hors texte gravée sur bois, destinée à illustrer les Fables de Jean de La Fontaine avec les dessins de Gustave Doré.
Louis Hachette (Paris), 1867. 2 vol. Tome 2, p. 176.
BnF, Réserve des livres rares, Smith Lesouëf R-6286
© Bibliothèque nationale de France
« Ô combien le péril enrichirait les dieux,
Si nous nous souvenions des vœux qu’il nous fait faire !
Mais, le péril passé, l’on ne se souvient guère
De ce qu’on a promis aux Cieux :
On compte seulement ce qu’on doit à la terre.
"Jupiter, dit l’impie, est un bon créancier :
Il ne se sert jamais d’huissier."
Eh ! qu’est-ce donc que le tonnerre ?
Comment appelez-vous ces avertissements ?
Un passager, pendant l’orage,
Avait voué cent bœufs au vainqueur des Titans.
Il n’en avait pas un : vouer cent éléphants
N’aurait pas coûté davantage.
Il brûla quelques os quand il fut au rivage.
Au nez de Jupiter la fumée en monta.
"Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu ; le voilà :
C’est un parfum de bœuf que ta grandeur respire.
La fumée est ta part : je ne te dois plus rien."
Jupiter fi t semblant de rire ;
Mais après quelques jours le dieu l’attrapa bien,
Envoyant un songe lui dire
Qu’un tel trésor était en tel lieu. L’homme au vœu
Courut au trésor comme au feu :
Il trouva des voleurs, et n’ayant dans sa bourse
Qu’un écu pour toute ressource,
Il leur promit cent talents d’or,
Bien comptés, et d’un tel trésor :
On l’avait enterré dedans telle bourgade.
L’endroit parut suspect aux voleurs, de façon
Qu’à notre prometteur l’un dit : "Mon camarade,
Tu te moques de nous ; meurs, et va chez Pluton
Porter tes cent talents en don." »
 
 

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