Les deux mulets
Livre premier, fable IV
Dessin de Gustave Doré, gravure sur bois d'Héliodore Pisan.
Planche hors texte gravée sur bois, destinée à illustrer les Fables de Jean de La Fontaine avec les dessins de Gustave Doré.
Louis Hachette (Paris), 1867. 2 vol. Tome 1, p. 11.
BnF, Réserve des livres rares, Smith Lesouëf R-6285
© Bibliothèque nationale de France
« Deux mulets cheminaient : l’un d’avoine chargé,
L’autre portant l’argent de la gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette :
Quand, l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l’arrête.
Le mulet en se défendant
Se sent percé de coups : il gémit, il soupire.
"Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ?
Ce mulet qui me suit du danger se retire,
Et moi j’y tombe, et je péris.
‒ Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi :
Si tu n’avais servi qu’un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade." »
 
 

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