Expositions virtuelles
Gustave Doré

Biographie sommaire

par Philippe Kaenel, avec la collaboration de Philippe Mariot
 
 
1832-1846 : De Strasbourg à Bourg-en-Bresse
 
1832
Louis Auguste Gustave Doré naît à Strasbourg, 5, rue de la Nuée-Bleue, le 6 janvier. Il est le fils de Pierre Louis Christophe Doré, ingénieur des Ponts et Chaussées, né à Coblentz le 23 thermidor de l’an X de la République, et d’Alexandrine Marie Anne Pluchart, née à Paris le 20 juin 1806. La fratrie Doré est formée par Ernest, né à Épinal le 1er juin 1830, qui deviendra compositeur et employé de banque, et Émile Paul, né deux ans après Gustave, futur général.
1834
La famille Doré s'installe au 6, rue des Écrivains, près de la cathédrale gothique. Dès l'âge de cinq ans, Gustave illustre ses cahiers d'écolier et les lettres qu'il écrit à ses parents et amis. Il réalise ses premières caricatures, prenant pour objet son entourage. Puis il entre dans la classe de la pension Vergnette, place de la Cathédrale, avec le statut d'interne. Là, il fait la connaissance de deux frères, Arthur et Ernest Kratz, fils du maire de Strasbourg, qui resteront ses plus proches amis et confidents.
Doré apprend le violon, qu'il maîtrise très vite et dont il jouera toute sa vie en société.
Vers 1839
Doré dessine M. Fox, une série de six dessins à la mine de plomb inspirés par l'œuvre de J.-J. Grandville. Les 24 et 25 mars 1840, à l'occasion de l'inauguration d'une statue de Gutenberg à Strasbourg, il propose à ses camarades d'école de représenter le cortège historique et conduit le char de la guilde des peintres-verriers. Cet épisode inaugural a marqué rétrospectivement l'artiste et ses biographes.
Mai 1843
Les Doré quittent Strasbourg pour s'établir à Bourg-en-Bresse, le père de famille ayant été transféré en tant qu'ingénieur en chef du département de l'Ain. Placé au collège de Bourg, puis à l'école primaire supérieure, Gustave se lie avec Charles Philippe Robin, natif de Jasseron, docteur (il soignera l'artiste) et homme politique. Le jeune Gustave est un élève brillant, primé tant en latin et en grec qu'en dessin, et quelque peu turbulent. Demi-pensionnaire au collège Olivier, il poursuit ses essais de caricature et d'illustration (notamment autour de Dante) sur des feuilles autonomes de plus grande dimension.
1840-1845
C’est au cours de la première moitié des années 1840 qu’il trace au crayon et à la plume, sur des feuilles reliées d’albums, et plus rarement sur des pages au format plus important, diverses scènes et histoires pastichant les illustrations animalières de J.-J. Grandville, ou parodiant ses lectures de classe : La Mythologie ou les Aventures de Jupiter, Les Brillantes Aventures de M. Fouilloux racontées par…, Les Aventures de Mistenflûte et de Mirliflor, Jupiter et son aigle, ou encore Le Voyage à l’enfer inspiré de Dante (qu’il illustrera vingt ans plus tard) et L’Histoire de Calypso et Télémaque (vers 1844-1846), d’après le récit de Fénelon, déjà caricaturé par Cham dans Le Charivari de 1842. Outre Grandville, ses modèles sont les dessinateurs de la presse satirique parisienne (La Caricature, Le Charivari…) et surtout les « histoires en estampes » de Rodolphe Töpffer.
1845
La Vogue de Brou, « dessiné[e] par Gustave Doré, 1844 », sa première œuvre publiée, est lithographiée à Bourg-en-Bresse par Ceyzériat, avec deux autres pièces, La Martinoire du bastion et La Noce : autant de scènes de la vie de province, prémices de ses études de mœurs satiriques.
1846
Doré remporte un prix de dessin décerné par ses professeurs, MM. Cotton et Peingeon. En même temps, « Bobotte » – son petit nom en famille – accompagne volontiers son père (qui construit la ligne de chemin de fer de Lyon à Genève) tant en Savoie qu'en Suisse, jusque dans l'Oberland bernois.
 
 
1847-1849. Paris, autour de Philipon : les albums et la presse satirique
 
1847
Sa carrière dans la presse illustrée est lancée lorsqu’il rend visite à Charles Philipon. « En 1847 (septembre), mes parents, appelés à Paris pour une affaire sérieuse, m’emmenèrent avec eux. Ce séjour ne devait durer que trois semaines et l’idée de retourner en province après avoir vu le centre de lumière et d’étude me désespérait fort. J’appliquai dès lors mon esprit à trouver un moyen quelconque de rester car je n’avais d’autre idée que de me hisser à la carrière des Arts, idée qui rencontrait une extrême résistance chez mes parents… Comme mes deux frères, l’on me destinait à entrer à l’École polytechnique. Un jour que j’avais passé devant l’étalage de la maison d’Aubert et Philipon, place de la Bourse, j’eus la pensée en rentrant à l’hôtel de crayonner quelques caricatures dans le genre de celles que j’avais vues et, profitant d’une sortie de mes parents, j’allai présenter à l’éditeur ces quelques dessins. M. Philipon regarda avec attention et bonté ces croquis, me questionna sur ma situation et me renvoya chez mes parents avec une lettre qui les invitait à venir causer avec lui. Ils vinrent, et M. Philipon, employant les paroles les plus insistantes et tous les arguments qu’il put trouver triompha de la résistance et de la crainte de mes parents à me voir engagé dans la carrière d’artiste […] » (manuscrit, coll. part.). Peut-être montre-t-il à Philipon La Foire de Brou, grand dessin à la plume, signé au bas à droite : « Gustave Doré, 1847 » (Strasbourg, MAMCS).
Doré contribue au numéro spécimen du Journal pour rire, lancé le 27 décembre 1847. Le Journal de l’Ain (14/12/1847) se fait l’écho de son premier album lithographique, Les Travaux d’Hercule (douzième album de la série dite « des Jabots » chez l’éditeur Aubert), toujours sous l’inspiration de Töpffer et de son épigone Cham.
Il loge rue Saint-Paul chez une parente de sa mère, Mme Hérouville. Demi-pensionnaire au collège Charlemagne, il se lie avec Edmond About, qu’il illustrera et qui le soutiendra dans sa carrière d’artiste. Doré, quoique élève turbulent, reçoit son diplôme de bachelier ès lettres de l’académie de Paris le 14 décembre.
1848
En février 1848, son père postule à l'emploi d'ingénieur en chef adjoint à l'inspecteur divisionnaire chargé du service spécial pour les irrigations, afin de rejoindre son épouse et le foyer familial désormais installé à Paris.
En mars, Gustave, qui fréquente brièvement l’atelier d’Henry (ou Ary) Scheffer, débute au Salon à l’âge de seize ans avec deux dessins à la plume, Le Nouveau Bélisaire et une scène d’ivrognes, L’union fait la force. Après une période d’essai, un traité entre Doré père et Philipon fixe le 17 avril les termes de sa collaboration au Journal pour rire : « […] M. Doré père voulant développer le talent de son fils, Gustave Doré âgé de seize ans, l’exercer aux travaux lithographiques et populariser son nom, s’est adressé à M. Philipon et, dans ces circonstances, sont intervenues les conditions suivantes : M. Philipon s’engage à trouver pour M. Doré fils des travaux lithographiques, soit à la plume, soit au crayon, aux prix ci-après : 1° Dessins à la plume, format d’une page du Journal pour rire : 40 francs ; 2° Dessins au crayon, format dit : quart-jésus, des Souvenirs de garnison, des Mœurs algériennes, et À la guerre comme à la guerre, albums de Cham, quinze  francs […]. M. Philipon ne devra demander des travaux à M. Doré fils que dans la mesure des besoins de la maison Aubert ; néanmoins il garantit à M. Doré fils une planche par semaine […]. Pendant les trois années qui forment la durée du présent traité, M. Doré ne devra exécuter aucun dessin pour un autre éditeur que la maison Aubert et Cie […]. M. Doré fils ne sera tenu de fournir qu’une planche par semaine, soit à cause de ses devoirs tant que dureront ses études, soit à l’époque des vacances dont il sera libre de jouir, soit enfin pour cause de maladie […] » (Catalogue des dessins, 1885, p. 10).
1849

Après la mort subite de Doré père, le 4 mai 1849, la veuve Doré et ses trois fils s’installent à Paris dans l’hôtel particulier situé au 73, rue Saint-Dominique (au numéro 7, aujourd’hui) dont Alexandrine Doré vient d’hériter : une résidence agrandie après l’acquisition, pour la somme de 65 000 francs, d’un immeuble mitoyen de trois étages. Gustave y occupera toute sa vie une petite chambre en annexe à celle de sa mère. Le jeune dessinateur doit alors subvenir aux besoins de la famille. Il illustre les morceaux de musique composés par son frère Ernest et redouble d’activité dans le Journal pour rire. Selon Paul Lacroix, alias le Bibliophile Jacob, qui est alors l’amant de sa mère et qui va l’introduire auprès des éditeurs, c’est au cours d’un voyage à Dieppe que Doré aurait peint son premier tableau : Un pêcheur amarre sa barque avant la tempête. Le jeune artiste devient alors un proche de Nadar, qui contribue largement à la publicité de son œuvre en l’exposant dans son atelier, à travers ses salons caricaturaux ou ses nombreux portraits photographiques, mais devient aussi un confident, le conseillant à propos de ses premiers essais de peinture.

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