Expositions virtuelles
Gustave Doré

Biographie sommaire

par Philippe Kaenel, avec la collaboration de Philippe Mariot
 
 
1850-1860 : Essais de peinture, actualités et projets d'illustration
 
1851
Gustave achève sa scolarité au lycée Charlemagne et renonce à passer son baccalauréat. Il expose son premier tableau, Pins sauvages, au Salon. Son deuxième album, Trois artistes incompris et mécontens […], sort de presse vers 1851, suivi des Des-agréments d’un voyage d’agrément, et tout au long de la décennie il lithographie des suites comiques (Ces Chinois de Parisiens, les Folies gauloises depuis les Romains jusqu’à nos jours) et collabore au journal L’Illustration.
1852
Il débute sa carrière d’illustrateur avec les Œuvres illustrées du Bibliophile Jacob en 1852. Au Salon, il présente un paysage (Souvenir des Alpes), fruit d’un voyage en compagnie de sa mère et de son frère, renouvelé l’année suivante. Sa vie durant il reviendra passer ses vacances en Suisse, comme en 1854, date à laquelle il se rend également en Savoie, puis en Hollande via Cologne et la Belgique.
Au Salon de la même année, il expose une toile, Les Deux Mères, avec la mention : « élève de M. Dupuis » (peut-être un élève de Léon Gogniet, Philippe Félix Dupuis).
Doré fréquente alors Gustave Courbet. Celui-ci visite son atelier en compagnie du collectionneur Alfred Bruyas qui lui achètera un paysage. C’est dans ces années que Doré peint un ensemble de douze immenses toiles réalistes, Paris tel qu’il est (œuvres détruites ou perdues), qui révulsent son mentor, Théophile Gautier.
1854
La guerre de Crimée lui inspire son quatrième récit graphique, l’Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la sainte Russie. Il achève plusieurs albums lithographiques (La Ménagerie parisienne, Les Différents Publics de Paris) et se montre entreprenant : « Je conçus l’idée de fonder un journal que je donnerais pour ainsi dire jour par jour : le Bulletin des faits d’armes des armées anglo-françaises » (manuscrit, coll. part.). C’est le Musée français-anglais, édité par Philipon, qui reproduit ses dessins et peintures, entre 1855 et 1860, parfois sous la forme de recueils (Vingt grandes lithographies,1857).
1855
L’édition des Œuvres de François Rabelais marque les débuts de sa notoriété dans l’illustration des classiques littéraires. En mars 1855, Doré rend hommage au poète Gérard de Nerval dans une grande lithographie, réaliste et fantasmagorique, qui le montre pendu. À l’occasion de la visite de la reine d’Angleterre à l’Exposition universelle de Paris, il fait la connaissance du journaliste londonien William Blanchard Jerrold, avec lequel il collaborera activement autour de 1870. Fort de son expérience graphique, Doré se lance dans la peinture d’histoire avec La Bataille de l’Alma, présentée au Salon de 1855 avec deux paysages. Sa toile Le Meurtre de Riccio est refusée par le jury.
À peine de retour de vacances familiales en Suisse, Doré prend la route de Biarritz en compagnie de Paul Dalloz et Théophile Gautier qui le soutient vivement dans ses critiques d’art. Il fait une incursion en Espagne, en vue d’illustrer le Voyage aux eaux des Pyrénées (1855) de son ami Hippolyte Taine. L’illustration des Contes drolatiques d’Honoré de Balzac (près de 600 dessins) confirme sa réputation d’illustrateur.
1856
Parution de La Légende du juif errant, très grand in-folio exécuté par une équipe de graveurs qui ambitionnent de renouveler la xylographie. L’ouvrage prépare le terrain à l’ambitieux projet d’illustration qu’il rappelle dans une note autobiographique de 1865, rédigée de la main de sa mère. Les Goncourt notent que Doré « est toujours aux Estampes », qu’il « fait son originalité avec les gravures sur bois du Titien » (Journal,1/6/1856).
1857
Doré poursuit sa collaboration avec de nombreux journaux et illustre une série d’ouvrages d’auteurs mineurs. Présent au Salon de 1857 avec une dizaine de peintures (dont huit paysages), il reçoit la mention honorable pour une commande de l’État, la Bataille d’Inkerman (château de Versailles).
1859
Il se spécialise dans la représentation de l’histoire contemporaine, notamment de la politique coloniale du Second Empire, comme dans diverses suites gravées et lithographiées en 1859 consacrées aux guerres d’Italie.
Alors qu’il travaille à l’œuvre de Dante, il déclare vouloir s’attaquer à celle de Shakespeare et en faire son chef-d’œuvre avec mille illustrations, mais il n’en publiera que cinq pour une édition londonienne de The Tempest, sa première contribution anglaise en 1860.
 
 
1861-1866 : La gloire de l'illustrateur
 
1861
L’Enfer de Dante, chez Hachette, marque un tournant dans sa carrière. Doré expose en même temps au Salon trois grandes peintures d’après la Divine Comédie, des dessins, un paysage et des photographies d’après ses bois dessinés, avant leur gravure.
Il est promu chevalier de la Légion d’honneur le 13 août grâce à l’intervention de Paul Dalloz auprès du ministre de l’Instruction publique, puis fait chevalier de l’Ordre des saints Maurice et Lazare le 12 décembre 1861 par le ministre de l’État italien.
Il se rend en été au Tyrol et en Italie (Venise) en compagnie de Paul Dalloz, illustre des voyages et guides touristiques, et entame une collaboration régulière avec le journal Le Tour du monde(entre 1860 et 1873).
Il suit des cours d’anthropologie au Muséum d’histoire naturelle.
1862
Il publie chez l’éditeur Hetzel les Contes de Perrault ainsi que L’Album de Gustave Doré, son dernier recueil de lithographies.
Un grand voyage en Espagne avec le baron Charles Davillier pour le compte du journal Le Tour du monde lui permet de se documenter en vue de son Don Quichotte (1863,
voir le tome 2), entrepris en septembre 1862 à Baden-Baden en compagnie du graveur Héliodore Pisan. Il effectue également un pèlerinage en Alsace, sur les lieux qui ont marqué son enfance, à Barr et au mont Saint-Odile. Parallèlement au roman de Cervantès paraît un autre in-folio monumental, lAtala de Chateaubriand. Doré ne renonce pas pour autant à l’illustration d’ouvrages plus légers, récits excentriques ou populaires (Les Aventures du baron de Münchhausen, La Légende de Croque-Mitaine, La Mythologie du Rhin…)
1864
Convié à la cour de Compiègne par Napoléon III, il y retrouve Alexandre Dumas père, Jacques Offenbach, le ténor Duprez et sa fille. Proche de Liszt, Rossini, Wagner ou Saint-Saëns, Doré est alors au cœur de la vie parisienne, mondaine et musicale en particulier. Il reçoit chez lui et organise volontiers des jeux de société comme des tableaux vivants.
Doré renoue alors le contact avec les éditeurs anglais Cassell, Peter & Galpin, qui reprennent ses éditions illustrées de Dante, Perrault, etc. Au Salon, sa première œuvre religieuse, L’Ange de Tobie, est acquise par l’État pour la somme de 2 000 francs.
1866
En 1866, sa monumentale sainte Bible en deux volumes (voir aussi le tome 2) ainsi que Paradise Lost de Milton (chez Cassell) consacrent sa réputation anglaise. En même temps, Doré mise de plus en plus sur la peinture.
En avril, il s’installe dans un nouvel atelier, beaucoup plus vaste, 3, rue Bayard (VIIIe arrondissement). Il voyage en Italie, en Suisse et au Tyrol et se voit décorer chevalier de l’Ordre de Charles III par la reine d’Espagne, le 6 octobre 1866 : indice d’une notoriété européenne portée par les diverses éditions, rééditions et traductions de ses in-folio.
 
 
1867-1871 : La Doré Gallery et Paris en guerre
 
1867
Au Salon, deux grandes toiles, Guerre et paix et Le Néophyte, ne rencontrent pas le succès escompté. Doré complète son ambitieux programme d’illustration des classiques avec les Fables de La Fontaine.
À l’occasion de l’Exposition de 1867, il fait la connaissance à Paris du révérend F. K. Harford qui deviendra son ami, son point d’attache en Angleterre et l’interlocuteur privilégié de ses entreprises dans le domaine de l’art religieux. Les éditions des Idylles d’Alfred Tennyson (1867-1868), luxueusement gravées sur acier, renforcent la présence de Doré sur le marché anglais alors qu’il signe, le 7 décembre 1867, avec les marchands et libraires Fairless et Beeforth, un contrat en vue de l’ouverture à Londres d’une « Doré Gallery ». D’abord installée dans les locaux de l’Egyptian Hall, non loin de Piccadilly, elle se déplace à la German Gallery (168 New Bond Street), avant de s’établir officiellement, en avril 1869, au 35 New Bond Street, où ses œuvres seront exposées jusqu’en 1892 avant de circuler en Amérique du Nord (1892-1898).
Doré s’engage à peindre en quatre mois, pour 800 livres, Le Triomphe du Christianisme sur le Paganisme, vaste peinture « highly finished » qui doit être livrée au plus tard le 1er mai 1868. Le contrat spécifie qu’il doit toucher un tiers des recettes des entrées et 85 % du prix de vente des tableaux. Au même moment, son immense Tapis vert (une scène dans une maison de jeu à Bade) provoque des réactions de rejet tant au Salon parisien de 1867 que dans sa galerie londonienne.
1868
Doré achève l’illustration de La Divine Comédie (Le Purgatoire et Le Paradis).
En septembre, il se rend en Alsace (au mont Sainte-Odile et à Barr) en compagnie de sa mère et de son ami de toujours, Arthur Kratz, puis séjourne une nouvelle fois à Compiègne, avant de poursuivre avec des vacances en Suisse.
Le 13 novembre 1868, il fixe le portrait de son ami Gioacchino Rossini sur son lit de mort : un dessin qui sera décliné en gravure et en peinture. Il reçoit de Napoléon III un crayon surmonté d’un diamant, ainsi qu’une invitation officielle pour les cérémonies d’inauguration du canal de Suez en 1869, qu’il décline toutefois.
1870-71

Durant la guerre franco-prussienne de 1870, il s’enrôle comme garde national, tandis que paraît à Londres un important recueil d’illustrations, The Doré Gallery, et que la reine acquiert une de ses peintures, Le Psaltérion, pour la somme de 10 000 francs. D’autres œuvres sont acquises outre-Manche par son principal collectionneur, le laird de Benmore.
Durant la Commune, il s’installe à Versailles où il exécute une série de croquis, des caricatures des communards emprisonnés et des parlementaires. L’album, offert à ses hôtes versaillais M. et Mme Bruyère, sera publié en 1907 sous le titre Versailles et Paris en 1871. Muni d’un laissez-passer, il arpente les fortifications et produit un ensemble de peintures et de dessins aux thèmes patriotiques et allégoriques, traumatisé par la perte de son Alsace natale. Il partage son temps entre Paris et Londres, où il se rend avec un autre dessinateur, Émile Bourdelin, pour achever le projet d’ouvrage sur la métropole conçu avec Blanchard Jerrold. Au lendemain de l’« Année terrible », il reprend ses séjours dans les Alpes et retourne en Espagne en octobre 1871.

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