Expositions virtuelles
Gustave Doré

Biographie sommaire

par Philippe Kaenel, avec la collaboration de Philippe Mariot
 
 
1872-1876 : De la peinture religieuse monumentale au paysage aquarellé
 
1872
Parution de London. A Pilgrimage (il sera réédité en français en 1876 avec un texte de Louis Énault, malgré les protestations de l’auteur du texte, Blanchard Jerrold).
Doré expérimente la sculpture et surtout s’investit dans la technique de l’eau-forte, faisant du Néophyte – un cuivre de dimensions exceptionnelles – son chef-d’œuvre. L’immense Christ quittant le prétoire (roulé et enterré durant la guerre), que Doré considère également comme son chef-d’œuvre dans le genre religieux, est exposé dans son atelier, au Salon et à la Doré Gallery.
1873
En avril 1873, il entreprend un voyage d’environ dix semaines en Écosse (Aberdeen, Braemar, Ballater, etc.). Il y exerce une technique, l’aquarelle, dans laquelle il se spécialisera, devenant sociétaire de la Société des aquarellistes français dès 1879.
De retour à Londres, il écrit à sa mère qu’il souffre de la médiocrité de sa fortune et qu’il veut se marier : « J’ai grandement besoin de trouver dans le cœur d’une femme un refuge contre la méchanceté des hommes » (23/7/1873, coll. part.).
Célibataire malgré lui, Doré a eu plusieurs relations avec des femmes en vue, notamment avec l’actrice Alice Ozy, connue pour ses relations avec le duc d’Aumale, le fils de Victor Hugo (elle rejette les avances du poète), Théophile Gautier et Edmond About, parmi tant d’autres. Une version de la sculpture de Doré la Madone orne sa tombe au cimetière du Père-Lachaise, à sa demande expresse. Hormis deux chanteuses d’opéra de renom, Hortense Schneider et Christine Nilson, Doré a entretenu une relation sérieuse avec Adelina Patti, une diva qu’il a fréquentée dans les soirées chez Rossini où il faisait valoir ses talents de baryton mais aussi de yodleur… Cora Pearl, cette « grande horizontale » rencontrée à Londres, prend le relais amoureux après le mariage de la Patti en 1868, suivie par Sarah Bernhardt avec laquelle Doré entretient aussi des relations artistiques dans les années 1870. L’actrice, qui pratique la sculpture, obtient de l’architecte du théâtre de Monte-Carlo, Charles Garnier, de pouvoir décorer la façade avec sa sculpture Le Chant en pendant de celle de Doré, La Danse (1877).
1875
Tandis qu’il reprend les Œuvres de Rabelais, (voir le tome 2) amplifiant de manière spectaculaire pour l’éditeur Garnier l’illustration de ses débuts (1854), ses grandes peintures à thème religieux (Le Rêve de l’épouse de Pilate, Le Massacre des Innocents, Les Ténèbres…), exécutées pour la Doré Gallery et présentées au Salon parisien, ne rencontrent toujours pas le succès tant attendu.
Comme de coutume, l’artiste voyage beaucoup et partage son temps entre la France, l’Angleterre et divers séjours en Bretagne et surtout en Suisse (en particulier dans la région de Montreux, en été comme en automne). En 1875, il est présenté par le prince de Galles à la reine Victoria qui avait déjà visité sa galerie (en l’absence du peintre) en 1872. Au sommet de sa popularité mondaine, en Angleterre, Doré séjourne chez le comte et la comtesse de Warwick. Invité dans la vallée de l’Avon, il visite le château de Kenilworth, associé au souvenir de Walter Scott, ainsi que la ville natale de Shakespeare. Doré se rend ensuite dans les Vosges, séjourne à Plombières, poussant jusqu’en Suisse en direction du Tyrol.
1875-1876
Doré entreprend alors d’illustrer un autre classique de la littérature anglaise, The Rime of the Ancient Mariner de Coleridge, qu’il décide de financer lui-même et d’éditer par l’intermédiaire de sa galerie à Londres, en 1875-1876. À cette fin, il met en vente à l’hôtel Drouot, le 22 mai 1875, soixante-dix-huit dessins et des aquarelles (l’expert mandaté est le marchand Paul Durand-Ruel). Mais son édition de Coleridge se solde par un cuisant échec financier.
 
 
1877-1883 : Les dernières grandes illustrations et la sculpture
 
1877
Au Salon de 1877, en compagnie du Christ au prétoire, d’un paysage (L’Aube. Souvenir des Alpes) et de sa grande eau-forte Le Néophyte, Doré expose son premier groupe sculptural d’envergure, La Parque et l’Amour, qui reçoit un accueil critique et public plutôt favorable. En même temps, il achève cent grands dessins pour L’Histoire des croisades de Joseph Michaud (tome 2).
1878
Il est présent au Salon avec des œuvres monumentales, des peintures religieuses (Ecce Homo, Moïse devant Pharaon) et son groupe sculptural La Gloire. En même temps, son gigantesque vase décoratif, La Vigne, occupe une place d’honneur à l’Exposition universelle.
Asthmatique, Doré commence à ressentir les premières atteintes de l’angine de poitrine qui devait l’emporter, qu’il soulage en consommant de l’opium et en respirant le bon air des montagnes suisses.
1879
De 1879 à 1883, le salon annuel de la Société des aquarellistes français accueille régulièrement ses œuvres.
En 1879, Doré acquiert un terrain en bordure du parc Monceau où il souhaite construire un nouvel hôtel ainsi qu’un atelier. Nommé officier de la Légion d’honneur le 15 janvier, il expose au Salon deux sculptures, La Mort d’Orphée et L’Effroi, tandis que paraît en France son dernier grand ouvrage, le Roland furieux de l’Arioste (618 illustrations), dont les dessins, pour la première fois, ne sont pas gravés sur bois ou sur acier, mais reproduits par report photomécanique, en relief. Il concourt au projet de monument destiné à Courbevoie avec le groupe La Défense nationale, mais ne le remporte pas malgré le soutien de la presse. Le critique et écrivain René Delorme publie alors un volume luxueux et apologétique – la première monographie consacrée à l’artiste, et la seule de son vivant.
1880
Doré présente au Salon de 1880 deux paysages et une sculpture, la Madone, qui lui vaut une médaille de troisième classe.
Le 15 mars, le décès de sa mère l’affecte profondément.
Il travaille à la réalisation d’un monument à Alexandre Dumas, qu’il offre au comité d’organisation, et sombre dans des accès de mélancolie de plus en plus fréquents et intenses.
1881
En juillet 1881, il écrit au chanoine Harford qu’il est incapable de quitter Paris, mais il entreprend néanmoins un nouveau voyage de trois mois en Suisse, en Engadine, probablement pour soigner son asthme.
1882
Il exécute une vaste toile religieuse, La Vallée des larmes et expose au Salon de 1882 La Vigne, coulée en bronze.
1883
The Raven d’Edgar Allan Poe paraît à Londres avec vingt-six grandes illustrations.
Mais, dans sa demeure parisienne, Doré subit une violente attaque d’angine de poitrine, le 19 janvier 1883. Il y succombe le 23 à une heure du matin.
Deux jours plus tard, le convoi funéraire part de l’hôtel de la rue Saint-Dominique pour se rendre à Sainte-Clotilde, pour le service, puis enfin au cimetière du Père-Lachaise où Alexandre Dumas fils et Paul Dalloz prononcent les discours.
En juillet 1883, les actifs de la succession de Gustave Doré se montent à 713 000 francs, incluant le terrain du parc Monceau (400 000 francs), le tiers de la maison du 7, rue Saint-Dominique (166 666 francs) avec son mobilier et ses œuvres (71 610 francs). Le passif des dettes, emprunts et loyers se monte à 423 204 francs.
Le 1er janvier 1884, les loyers de l’an passé, les gages, les sommes empruntées, les intérêts des dettes, frais de succession et les legs de l’artiste ont fait fondre cette fortune. Le manque de liquidités contraint les héritiers à vendre l’hôtel rue Saint-Dominique. Tout au long de sa carrière, Gustave Doré n’a donc jamais disposé d’une réelle fortune. Ses grandes entreprises en peinture et en sculpture, son train de vie ainsi que ses dettes l’ont contraint à s’assurer des revenus conséquents, fragilisés par l’abandon progressif de l’illustration. Dans son testament (le 28 juillet 1881), l’artiste, songeant à la postérité, institue son frère Émile exécuteur testamentaire et légataire universel, et demande que ses œuvres ne soient pas vendues dans les deux ans suivant son décès.
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