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La naissance des monothéismes

Modèle de bateau avec des passagers
Le monothéisme est une invention récente qui opère de manière progressive une véritable révolution dans les relations entre les dieux et les hommes. Aux mille et une divinités largement anthropomorphisées du polythéisme se substitue la transcendance radicale d'un dieu unique échappant à toute représentation dont le texte deviendra la demeure. Aux caprices présidant aux décisions arbitraires de divinités trop humaines se substitue la constance structurante de l'Alliance qui fixe, à la manière d'un contrat de mariage, les termes du pacte établi entre Dieu et son peuple.
 
Moïse et le Buisson ardentMoïse recevant la Loi
 
Sa première émergence serait, selon la tradition, imputable à Moïse qui reçoit au Buisson ardent la révélation du Nom de Dieu, le tétragramme YHWH, signature mystérieuse, dont l'un des sens se rapporte au verbe "être" à tous les modes, accompli ou inaccompli : "Je suis qui Je suis", ou "Je suis qui Je serai", ou "Je serai qui Je suis". Ainsi est indiqué le "lieu" de Dieu, comme espace retiré, réserve blanche qui échappe à toute projection ou représentation, Vide actif en perpétuel devenir. Affirmation d'un écart, d'une incompressible distance, le monothéisme creuse sa profondeur dans une marche de quarante ans au désert, il se fortifie dans l'exode, arrachement à la terre d'Égypte. C'est au cours de l'exil à Babylone au VIe siècle qu'il trouve dans le Livre de la consolation d'Israël du Second Isaïe, sa forme accomplie : "Moi, c'est moi Yahwé, et en dehors de moi il n'y a pas de sauveur." (Isaïe, XLIII, 11.)
Comme si le passage par l'épreuve du peuple d'Israël avait permis la naissance d'une intuition vertigineuse, celle du dieu fragile – dépouillé des fureurs guerrières qui accompagnaient le "Dieu des armées" –, seul dieu dont la tendresse puisse être partagée par tous.
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