arrêt sur

Les usages du texte

Laurent Héricher et Anne Zali

Amulette Hamsah
Rituel de Rosh Ha-shanah et Kippour

Usages savants

Apprendre l'hébreu en lisant la Bible
La stabilisation du texte de la Bible hébraïque remonte aux savants travaux des massorètes, lettrés des académies rabbiniques de Palestine et de Babylonie qui du VIe au XIe siècle assurèrent la fixation définitive des écrits sacrés en langue hébraïque ou araméenne, ouvrant la voie à une longue tradition ; tout au long du Moyen Âge, la grammaire occupe une place importante dans l'exégèse traditionnelle juive ; au XVIe siècle, le mouvement s'étend, avec le développement de la philologie, à des lettrés non juifs, hellénistes et hébraïsants chrétiens qui circulent en Europe avec leurs livres, de Cambridge à Paris, de Rome à Francfort ; en 1530, à la demande de Guillaume Budé, son "maître de librairie", François Ier fonde le Collège de France : parmi les "lecteurs royaux" chargés d'enseigner des disciplines qu'ignorait l'université de Paris, François Vatable est nommé titulaire de la première chaire d'hébreu, tandis qu'à travers l'Europe, la Bible et l'hébreu sont étudiés dans les universités. Erasme à Louvain, Tissard en France, Hutter et Münster en Allemagne contribuent à la naissance de l'étude critique de la Bible hébraïque, dans la perspective humaniste de la construction de nouveaux savoirs.

Usages croyants

 
Étui pour versets de la Torah : mezouzahMain de lecture : yadCouronne de la Torah : keter
 
L'étude régulière de la Torah est au centre de la vie juive ; une obligation, car les versets de la Torah ne doivent pas quitter la bouche du croyant. La lecture publique du Pentateuque, les lundis, jeudis, samedis, ainsi que les jours de fête et de jeûne, constitue une pratique ancienne du judaïsme ; c'est un rendez-vous qui jalonne la vie du croyant. Les tefilin, boîtiers de cuir contenant des versets du Deutéronome, fixés chaque jour avec des lanières sur le bras gauche et sur le front, placent la Parole divine au-dessus de la pensée, de l'action et près du cœur. Il en est de même pour la mézouza fixée sur les chambranles des portes de la maison, symbole visible et permanent de la foi juive. Le livre de prières quotidiennes contient aussi de nombreux passages bibliques et talmudiques : la Torah fait partie intégrante de la liturgie.

Usages talismaniques

Amulette
La magie et les pratiques divinatoires, bien que formellement interdites, en particulier par Maïmonide, ont été de tout temps pratiquées dans les communautés juives. Les discussions mentionnées dans le Talmud pour savoir si les amulettes sur lesquelles on écrit des versets bibliques possèdent un caractère sacré en témoignent. Ces pratiques connurent un regain d'intensité avec l'apparition de la Kabbale au Moyen Âge. C'est au pouvoir de la Parole divine, et plus particulièrement de la lettre et de son support, l'amulette, que l'on s'en remet pour soulager, guérir ou dévier le mauvais œil. Ces amulettes étaient préparées parfois par les rabbins eux-mêmes et reprenaient souvent le texte de la bénédiction sacerdotale, ou le psaume LXVII, calligraphié en forme de chandelier, entouré de symboles comme l'étoile de David ou la main à cinq doigts.

Usages ésotériques

 
Une mystique des lettresAux sources de la Kabbale
 
La littérature ésotérique juive se développe dès le IIIe siècle ; les textes traitent de magie ou décrivent l'ascension de l'initié vers le trône divin ; la vision céleste du prophète Ezéchiel en est un thème important. Les enseignements de cette mystique ont été repris par les kabbalistes au Moyen Âge en Europe du Nord et en Espagne dès le XIIe siècle. Le mouvement le plus important est, en Espagne, celui de l'école de Moïse de León, auteur du Zohar ou "Livre de la splendeur", ouvrage majeur de la littérature kabbalistique. La mystique juive a développé une approche non intellectuelle, ésotérique et théosophique de la Torah qui s'appuie sur une vision particulière de la lettre hébraïque, les mots de la Torah contenant selon les kabbalistes le divin qu'ils symbolisent
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