arrêt sur

Naissance du christianisme

Le Christ et ses disciples
Conversion de saint Paul sur le chemin de DamasLes soixante-dix apôtres

Filiations et ruptures

 
Le monothéisme est une invention récente qui opère de manière progressive une véritable révolution dans les relations entre les dieux et les hommes. Aux mille et une divinités largement anthropomorphisées du polythéisme se substitue la transcendance radicale d'un dieu unique échappant à toute représentation dont le texte deviendra la demeure. Aux caprices présidant aux décisions arbitraires de divinités trop humaines se substitue la constance structurante de l'Alliance qui fixe, à la manière d'un contrat de mariage, les termes du pacte établi entre Dieu et son peuple.

Les Évangiles

 
Les Évangiles au fondement du christianisme sont la consignation tardive de la parole de Jésus. Ils sont rédigés en grec à la fin du Ier siècle. Inspirés par les besoins de la prédication, retravaillés à la lumière de la tradition orale des premières communautés chrétiennes, ils ne sauraient être considérés comme des chroniques historiquement précises de la vie de Jésus et de ses disciples. Tout autre est leur propos. À travers ce qui se présente comme un mémorial à quatre voix c'est une relecture en différé qui est proposée ; elle vise à rendre compte de l'expérience d'une présence, de la difficulté d'une absence et de l'énigme d'une mort ignominieuse. Leur enjeu est essentiellement théologique.
Les quatre Évangélistes
Les Évangiles en latinTables de concordance des Évangiles
 
Dans cette relecture de la vie et du message de Jésus, le recours à la langue grecque va jouer un rôle décisif puisque par son intermédiaire vont s'engouffrer dans l'univers de pensée du judaïsme la culture et la philosophie hellénistiques. La transcription en grec du message de Jésus, dont la langue était l'araméen, va introduire de manière discrète des éléments d'interprétation qui ne relèvent plus du judaïsme mais du paganisme et contribuer à agrandir l'écart avec l'héritage ancestral du monothéisme juif, tout en assurant au christianisme une continuité quasi naturelle des Évangiles avec ce qui les précède – la Bible hébraïque, traduite en grec au IIIe siècle avant notre ère. Première rencontre entre le monothéisme biblique et la culture hellénistique, la traduction des Septante constitue déjà une étape décisive à cet égard qui contribue à infléchir, quelques siècles plus tard, la philosophie du christianisme, quand ce ne serait qu'en traduisant l'hébreu dabar, qui signifie "parole", "discours", par logos, qui signifie "discours" mais aussi "raison", par opposition à mythos, qui devient la parole fausse.

La sainteté de la langue latine

Saint Jérôme établissant sa traduction latine
Le christianisme présente donc une particularité fondatrice puisqu'il porte la marque d'une langue originelle qui n'est pas celle de son fondateur et qui pourtant, à travers le rôle important de saint Paul, va imposer un nouveau modèle de lecture.
À cette première influence d'ordre philosophique va s'en ajouter une deuxième, d'ordre plus politique : en adoptant le latin, la chrétienté romaine s'assure d'une efficacité institutionnelle directement "démoulée" de celle de l'Empire romain.
La traduction de saint Jérôme à la fin du IVe siècle constitue à cet égard un virage décisif. Son voyage en Palestine pour y consulter les textes hébreux de la Bible donne à sa traduction une aura de sacralité et va sans doute contribuer à faire progressivement oublier que la langue latine était étrangère à la Révélation. L'entreprise unificatrice de Charlemagne, désireux dans son souci de refondation du Saint Empire de s'appuyer sur le prestige encore vivant de la langue des empereurs romains, achèvera de consacrer la sainteté de la langue latine.
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