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Les autres sources de l'islam

 
Le Coran fut d'abord la seule autorité religieuse mais, peu à peu, avec l'extension de la communauté musulmane se posèrent des problèmes dont les réponses ne se trouvaient pas toujours dans le Livre saint ; on se tourna alors vers les paroles et les comportements du Prophète que des traditionnistes collectaient et transcrivaient dès la fin du Ier siècle de l'hégire. Mais ce n'est qu'à l'époque abbasside, soit près de deux siècles plus tard, que la tradition prit statut d'autorité.

Hadîth : une science des faits et dits du Prophète

 
La tradition prophétique combla ce qui n'était pas dit dans le Coran ou en explicita le sens. Ainsi qu'il est affirmé dans le verset coranique (XXXIII, 21), la vie du Prophète, par son exemplarité, devint le modèle parfait pour chaque musulman : "Croyants vous avez dans l'envoyé de Dieu un beau modèle pour qui espère en Dieu au dernier jour et l'invoque souvent." La connaissance de la personne de Muhammad, à partir des traditions orales, se développa selon deux axes. Le premier, la Sîra, histoire reconstituée de sa vie, même si elle n'occupe qu'une place relativement minime dans les règles de vie du musulman, contribua largement à construire une certaine image véhiculée au cours des siècles. Ce genre littéraire trouva son aboutissement dans la chronique d'Ibn Hishâm (mort en 833), refonte d'un premier texte disparu d'Ibn Ishâq.
 
Le Sahîh, recueil de hadîth Recueil de hadîth
 
Le second et le plus important, la Sunna, est composé de l'expérience proprement dite de Muhammad. Le problème de la conservation et de la validation des témoignages concernant ses dits et ses faits (hadîth) se posa de bonne heure. Les premières traditions notées par ses compagnons, complétées par d'autres plus récentes, furent rassemblées en recueils mais leur nombre ne cessant de croître, il fallut définir une méthode susceptible de déterminer la fiabilité d'une tradition. Cette discipline, l'une des plus importantes des sciences religieuses, s'élabora à la fin du IIe siècle de l'hégire.
On procéda à l'étude critique de chaque hadîth afin d'en déterminer l'authenticité. Ils furent ensuite classés en très sûrs, bons et douteux et rassemblés, dans la seconde moitié du IXe siècle, en recueils dont le plus célèbres sont les Sahîh (L'Authentique) d'al-Bukhârî (810-870) et de Muslim (816-873). Le premier, d'environ 7 500 hadîths, s'imposa comme la référence textuelle après le Coran ; s'y ajoutent également le Musnad, d'Ibn Hanbal, et le Muwattâ' (le Chemin aplani), de Mâlik ibn Anas, de statut équivalent.

Un droit islamique : le fiqh

Le Muwattâ', droit musulman
Parallèlement à l'établissement du hadîth et basé sur des sources semblables, s'édifiait peu à peu un droit canonique spécifique. Le fiqh comprend cinq domaines parmi lesquels on trouve les prescriptions religieuses ('ibâdât) et les règles (mu'amâlât) régissant la vie quotidienne et les relations sociales. C'est, semble-t-il, seulement sous les Abbassides au moment où l'Empire musulman centré autour de Bagdad était en plein essor que l'on constate l'existence d'un droit parfaitement élaboré. Auparavant, on continuait probablement à utiliser les droits coutumiers en vigueur au Hedjaz et en Iraq dont plusieurs écoles juridiques portent encore la trace. Le fiqh (droit canon) repose directement sur le Coran et la Sunna. Néanmoins, le premier ne contenant qu'un nombre limité de textes à caractère juridique, il fallut interpréter la Parole divine pour en déduire des principes juridiques et des lois régissant l'ensemble de la communauté. On nomme ijtihâd l'exercice rationnel mis en œuvre par les fuqahâ' (jurisconsultes) assurant l'adaptation et la continuité de la Loi en cohérence avec les principes établis par le Coran et la Sunna. S'y adjoignent deux sources complémentaires, introduites pour légiférer en cas de vide juridique dans les textes fondateurs : le qiyâs, raisonnement par analogie avec des situations présentes dans le Coran et la Sunna, et l'ijmâ', consensus de la communauté des croyants. D'autres méthodes peuvent les compléter comme le ra'y, l'opinion rationnelle personnelle, ou l'istihsân, l'appréciation personnelle.

Des écoles de droit différentes

 
Parmi le foisonnement d'interprétations, quatre grandes écoles de droit, nées entre 767 et 855, furent retenues et se partagent aujourd'hui le monde islamique sunnite tandis que les chiites ont leur propre école. Chacune propose une manière spécifique de répondre aux questions par le recours aux sources et la manière de les interpréter. Le hanafisme fut fondé par l'imâm Abû Hanîfa (mort en 867) en Iraq ; forcé de s'adapter à des contextes culturels différents de par son éloignement du milieu de naissance de l'islam, il mit l'accent sur le respect des valeurs essentielles, relativisant des notions plus accessoires. Pragmatique, il accorde une grande importance au ra'y, critique et innovant. Considéré comme le plus libéral, il est largement suivi en Turquie, dans les anciennes provinces ottomanes mais aussi en Inde, en Chine et en Asie centrale. Le malékisme, l'école de Mâlik ibn Anas (mort en 765), incarne plutôt la fidélité à une tradition médinoise qui remonte jusqu'au Prophète. Le changement ne s'y conçoit qu'en articulation avec la continuité et doit se justifier par le qiyâs. Ce courant domine aujourd'hui au Maghreb, en Afrique noire et dans une partie de l'Égypte. Al-Shafî'î (mort en 820), disciple de Mâlik, tenta de concilier les deux approches, ce qui constitue la première tentative d'une réflexion épistémologique par un examen méthodique des sources. À la prédominance du Coran et de la Sunna, il ajoute l'ijmâ' et privilégie l'ijtihâd qui s'efforce d'adapter la loi aux changements de la vie sociale. Longtemps école officielle de la dynastie abbasside, le shafiisme est aujourd'hui implanté en Égypte, en Syrie, en Indonésie et en Malaisie. Dernière née enfin des écoles juridiques, initié par Ibn Hanbal (mort en 855), le hanbalisme en est la plus rigide. Reposant presque exclusivement sur la Révélation et le hadîth, il obéit à une interprétation restrictive de la charia, la loi islamique, non soumise à l'évolution puisque la raison ne doit pas intervenir en matière de religion. D'audience limitée dans l'islam classique, ce dernier courant a connu un renouveau grâce au mouvement wahhâbite, majoritaire en Arabie Saoudite et inspirant les tendances rigoristes et conservatrices qui traversent le monde musulman contemporain.

Les autres sciences religieuses : l'exégèse coranique

 
Glose dans un commentaire du CoranCoran en arabe avec commentaire en persan
 
L'exégèse coranique joue un rôle important au sein des sciences religieuses. Toujours vivant, le tafsîr, littéralement "clarification", a pour objet d'expliciter le sens des versets, d'en préciser la portée, d'exposer les circonstances et les motifs de leur révélation. Il comporte également de longues discussions linguistiques visant à élucider le vocabulaire, la grammaire, la stylistique coraniques. L'affirmation que le texte n'était pas la transcription humaine d'un message divin mais son énoncé, conférant un caractère sacré à la langue arabe, a fait de la grammaire, non pas une discipline marginale mais un champ entier des sciences religieuses. Nourrie d'une tradition de quatorze siècles, l'exégèse s'est partagée en courants très diversifiés. Le premier, traditionniste, représenté par al-Tabarî (mort en 923), Ibn Kathir (mort en 1373) et al-Suyûtî (mort en 1505), se fonde sur les interprétations fournies par les autorités incontestées de l'islam. Le second, plus spéculatif, accorde une place importante à la théologie et au débat philosophique, principalement chez al-Zamakhsharî (mort en 1144) ou al-Râzî (mort en 1286), tandis que la troisième opère une synthèse entre les deux précédents dans une approche plus mystique et ésotérique. À la fin du XIXe et au XXe siècle, des penseurs réformistes, comme Muhammad Abduh (mort en 1905), ou radicalistes, comme Sayyid Qutb (mort en 1966), utilisent le commentaire pour se positionner face à la modernité, plutôt que de chercher à en renouveler l'étude critique. À l'époque contemporaine, sous la double influence des progrès de l'exégèse biblique et de l'apport des sciences humaines, s'opèrent des orientations nouvelles. La première d'entre elles concerne l'établissement du corpus coranique et une certaine remise en cause de la façon dont il est présenté dans les sources musulmanes. La seconde tendance, représentée entre autres par Muhammad Arkoun, insiste sur la nécessité d'une relecture du Coran à la lumière des diverses sciences humaines.

De multiples courant de pensée

 
Contrairement à l'idée d'un monolithisme que cet inventaire des textes fondateurs pourrait contribuer à créer, l'islam n'a jamais été et n'est surtout pas aujourd'hui un et unique. De multiples courants de pensée l'ont traversé depuis sa naissance, que le sunnisme, majoritaire, ne saurait totalement occulter ; les schismes dogmatiques et politiques l'ont diversifié et, au contact des cultures qui l'avaient précédé et qu'il a su intégrer et assimiler, se sont créés dans chaque partie du monde des islams spécifiques ayant chacun leurs particularismes. De la même façon, des courants mystiques comme le soufisme proposent une autre voie pour atteindre Dieu, complémentaire mais en marge de l'islam officiel.

La psalmodie

 
Mais c'est dans la lecture à haute voix que le texte déploie toute sa singulière puissance poétique. "Récite avec soin le Coran" (LXXIII, 4 ; XXV, 32), telle est la recommandation qu'on peut lire dans plusieurs versets. Très jeune, on l'apprend dans les écoles coraniques où la mémorisation se fonde sur la répétition inlassable, sourate après sourate, verset après verset.
Le Message touche par son contenu mais aussi par sa forme. La psalmodie accompagne de nombreux instants de la vie. Dans les mosquées des grandes villes, on récite collectivement le Coran avant la prière du soir. Pour certaines cérémonies, durant les veillées du mois de Ramadan ou à l'occasion des grandes étapes de la vie, baptêmes, maladies, décès, on fait appel à un ou plusieurs récitants professionnels autour desquels on se réunit. Après la basmala, le récitant entame la lecture psalmodique dont les règles précises figurent dans les traités de psalmodie tajwîd ; des annotations placées au-dessus du texte mentionnent les arrêts, les pauses, les allongements de sons, les versets où il est exigé de se prosterner. Ces lectures diffèrent selon les écoles, warsh pour le Maghreb, hafs pour le Machreq. Des concours de psalmodie ont lieu chaque année. De nos jours, des récitants célèbres comme le cheikh égyptien 'Abdul Basit 'Abd al-Samad sont diffusés en cassette ou sur les ondes de nombreux pays musulmans.

Dogmes et croyances fondamentales

 
En islam, le croyant est sans intermédiaire face à son créateur. Peu nombreux, les dogmes et croyances fondamentales qui scandent sa vie sont exposés assez clairement dans le Coran ; parallèlement, la loi islamique, la charia, lui dicte ce qu'il faut faire ou ne pas faire et les cinq piliers structurent ses obligations cultuelles.
La première et la plus importante de ces croyances, le tawhîd, l'unicité absolue de Dieu, fait de l'islam une religion rigoureusement monothéiste et le différencie en cela de la vision trinitaire du christianisme. Attestée, proclamée sous diverses formes, elle crée un Dieu unique, transcendant, omniscient et s'exprime dans de nombreux versets dont celui du Trône (11, 255) : "Dieu : il n'est de dieu que Lui, le Vivant, l'Agent Suprême... Il est le Sublime, le Grandiose." Allâh, son nom le plus courant, renvoie à cette unicité : contraction de al-ilâh, le Dieu, le terme désigne dans les langues sémitiques la divinité. Parmi les quatre-vingt-dix-neuf qualificatifs qui lui sont donnés, al-rabb (le Maître), al-rahîm (le Miséricordieux), al-rahmân (le Clément) sont les plus courants. La seconde croyance fait de Dieu le créateur du ciel et de la terre, de tous les êtres ; la Création s'inscrit dans la tradition biblique et manifeste la transcendance de Dieu, sa toute-puissance et sa bonté mais, dans la vision coranique, cette création est limitée dans le temps selon sa volonté. Les sourates révélées à La Mecque insistent longuement sur le Jugement dernier et sur la Résurrection : Dieu est juge des actes de chaque homme pour le bien et le mal : les justes iront au paradis, représenté sous la forme d'un jardin paradisiaque (janna), tandis que les impies seront précipités en enfer où ils seront livrés aux supplices permanents du feu. Les musulmans enfin croient aux anges et aux prophètes. Le Coran donne une large place aux anges, créatures spirituelles, messagers de Dieu mais aussi gardiens des hommes, enregistrant leurs bonnes et mauvaises actions ; le plus important est Jibrâ'il (Gabriel) dont Dieu s'est servi pour " faire descendre " sa Parole sur Muhammad. Les prophètes, supérieurs aux anges, sont envoyés par Dieu, chargés de révéler à leur peuple le message monothéiste ; Muhammad en est le point culminant, dernier d'une lignée de vingt-cinq prophètes parmi lesquels Noé, Abraham, Moïse et Jésus sont les plus importants.
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