Les usages du texte
Annie Vernay-Nouri
C'est chaque jour qu'un musulman applique les préceptes de l'islam enseignés par le Coran et les paroles du Prophète. La pratique du culte repose sur cinq obligations fondamentales : la shahâda (profession de foi), la prière, l'aumône obligatoire, le jeûne du Ramadan et le pèlerinage à La Mecque. Présence de tous les instants, le Livre saint, appris dès l'enfance dans les écoles coraniques, accompagne tous les actes de la vie ; on en récite souvent des versets auxquels peuvent s'adjoindre des prières personnelles selon les circonstances.
Les cinq piliers de l'islam
La pratique du culte repose sur cinq obligations fondamentales désignées en arabe par le terme 'ibâdât, appelées également piliers de l'islam.
La profession de foi
À la fois attitude intérieure et témoignage social, le premier et le plus simple, la shahâda, consiste à réciter la formule ashhadu an lâ ilâha illâ Allâh wa Muhammad rasûl Allah ("J'atteste qu'il n'y a pas d'autre Dieu qu'Allah et que Muhammad est l'envoyé de Dieu"). Cette phrase prononcée devant deux témoins croyants consacre la conversion à l'islam.

La prière
Prescrit clairement par le Coran, le second pilier, la prière
salât, s'effectue cinq fois par jour à des moments
précis liés à la course du soleil, avant le lever
du jour, à midi, au milieu de l'après-midi, au coucher
du soleil et le soir. En pays d'islam, l'appel à la prière
est lancé par le muezzin du haut du minaret de la mosquée.
Faite en état de pureté rituelle après des ablutions
et toujours tourné vers la qibla, la direction de La Mecque,
la prière comprend une suite de postures corporelles allant de
la position debout à la prosternation ainsi que la récitation
du tabkîr Allahû akbâr ("Dieu et le plus grand"),
de la fâtiha et de certains versets. Instaurée par
le Prophète pour les hommes, la prière commune le vendredi
est vivement recommandée ; l'imam prononce la khutba,
sermon développé autour d'un thème qu'il choisit
librement et illustré de versets coraniques ou de hadîths.
L'aumône
Le devoir d'aumône constitue la troisième obligation ;
la sadaqa désigne l'aumône volontaire versée
par l'homme pieux tandis que la zakât consiste en une sorte
d'impôt versé par les plus favorisés à la
communauté musulmane, redistribuée au profit des plus
pauvres. Cette aumône collective, peu pratiquée de nos
jours, a longtemps servi à la cohésion de la communauté.
Le jeûne du Ramadan
Quatrième pilier, il rappelle la Révélation descendue sur le Prophète : durant le mois lunaire de Ramadan, à partir de la puberté, on se prive entre le lever et le coucher du soleil, de manger, de boire, de fumer et de toute relation sexuelle. Pendant le même temps, le croyant s'efforce d'être meilleur sur le plan moral. À l'abstinence du jour, succède chaque soir, au moment de la rupture du jeûne, la convivialité vécue par la communauté autour du partage des repas préparés spécialement pour la circonstance.
Le pèlerinage à La Mecque
Le cinquième et dernier pilier recommande qu'au moins une fois dans sa vie, le croyant se rende en pèlerinage à La Mecque (hajj). Cette pratique trouve sa source dans des traditions antéislamiques de l'Arabie.
Notion très controversée à l'intérieur même de l'islam, le djihad, qui signifie littéralement effort accompli en vue de la réalisation d'un objectif et, par extension, combat, est exclu des obligations rituelles. Il possède un double sens ; le premier, celui d'un combat personnel mené par l'homme pour se purifier et le second, plus collectif, de combat militaire, toujours lié à des époques historiques où la communauté musulmane devait se défendre militairement pour s'imposer.
Usages talismaniques et mystiques
Bien que prohibées par l'islam, certaines formes de pratiques magiques pouvant dispenser à l'homme protection et secours par la mise en œuvre de forces cachées ont été tolérées par les hommes de religion. Utiliser le Coran à des fins talismaniques, par le biais d'incantations, d'amulettes ou d'inscriptions sur des objets, coupes médicales, chemises, bijoux qu'on porte sur soi, permet de recueillir les effets bienfaisants de l'énergie divine – par la force du Nom de Dieu ou de celle d'un verset – et n'est pas contraire à l'islam. Passages coraniques, énumération des noms de Dieu, carrés magiques jouant sur le pouvoir caché des lettres et des chiffres tiennent une place importante dans l'élaboration des talismans.
Semblablement, dans cette autre manière d'atteindre Dieu que propose le soufisme, voie mystique de l'islam, les postulants développent des liturgies particulières dont certaines se basent sur la répétition inlassable du Nom de Dieu.